Blagues de médecins.

La phlébite c’est pas de veine.

Le diabète, c’est le pied.

Trauma facial, on se fend la gueule.

La lèpre, ça me troue.

La pelade, ça décoiffe.

Le diabète, mon oeil.

L’alopécie, ça prend la tête.

Le Cushing, ça me gonfle.

Rien à foutre de l’azoospermie.

L’hémochromatose, ça me sidère.

L’AOMI, ça me fait une belle jambe.

La SPA, une vraie chienne.

Le Crohn, ça me fait chier.

La cystite, ça m’a pris comme une envie de pisser.

La SEP, SEP a bien.

L’occlusion, ça m’en bouche un coin.

L’érysipèle, ça me fait une belle jambe.

L’oxyurose, ça me scotche.

La cirrhose, ça me soule.

L’obésité, ça me gave.

Le varicocèle, ça me casse les couilles.

Les oreillons, ça me fout les glandes.

Le Prader-Willi, c’est du lourd.

L’infarctus, ça me brise le coeur.

Le Crohn, ça me troue le cul.
i
Le saturnisme ça me plombe.

La boulimie ça me gave.

L’ostéoporose ça me les brise.

Le lymphome, ça fout les boules.

L’anorexie ça me fout la gerbe.

Le handicap, ça roule.

Les furoncles, ça m’éclate.

La coelio, ça me troue.

La BPCO ça m’exacerbe.

Une embolie pulmonnaire à couper le souffle.

La luxation, ça déboîte.

Merci à @Dr_Ventouse, @ten0fiv, @Boutonnologue, @karadocCaen, @pagalanti, @geontilt, @Leila_Mansouri, @_dobutrex, @Epitaf_, @thoracotomie, @KnackieSF, @Nicoco_G, @Mlle_Juls, @DocteurOldfab

La maman de Maxence.

Vous allez m’accuser de faire du neuf avec du vieux mais je vous re poste ici un article de mon ancien blog.
J’aurais sans nul doute de plus intéressantes, et inédites, histoires à vous rédiger lorsque j’aurais repris mon stage, c’est-à-dire demain. Et dieu sait que cela me manque.

Une semaine sur trois, 2 externes quittent le merveilleux bâtiment de chirurgie pédiatrique, avec la larme à l’oeil (sic) pour assurer la partie chirurgie des urgences pédiatriques.

Quand un enfant arrive, il est orienté par l’IAO vers le côté, ou plutôt devrais-je dire les 3 boxes médecines, ou les 2 boxes chirurgies. Il y a donc des externes de médecine, des externes de chirurgie, des internes de pédia mais une qui fait la chirurgie de temps en temps, des chefs de médecine et des chefs de chirurgie, mais on ne les voit jamais. Et puis l’après-midi, il n’y a plus personne, simplement les externes de garde et l’interne de chir pédia qui est dans le bâtiment de chir pédia et que tu dois appeler pour faire n’importe quel fait ou geste. Non sans te faire engueuler parce que tu le dérange au bloc ou en staff, et puis que t’as OUBLIE de faire la radio de 3/4 qu’elle est hyper importante cette radio et qu’à cause de toi on perd du temps. C’est ce qui fait le charme des gardes en chir pédia.

Allez comprendre, on est 2 externes de chirurgie et 7 externes de médecine. On n’a pas le droit de rester dans le bureau de l’IAO voir les patients qui arrivent, par contre on a le droit de les installer TOUT DE SUITE, de les voir TOUT DE SUITE, taper l’observation et/ou demander la radio. Et après c’est la croix et la banière pour trouver une bonne âme "médicale", interne, chef, n’importe qui.

Bon ça c’était la partie dans laquelle je me plains. Et aussi pour vous brosser le tableau.

Un jeudi matin, on se serait cru dans Urgences, une femme arrive en courant, son enfant de 3 ans dans les bras "IL RESPIRE PLUS IL RESPIRE PLUUUS", et effectivement il était en apnée, bleu.

Deux internes qui étaient là se sont donc  chargées du gamin, le D2 de médecine ne sachant pas trop où se mettre (son premier stage, sa première vraie urgence, on comprends qu’il soit perdu). Je reste dans les parages, si besoin d’aide.

La mère était appuyée contre la fenêtre du box, le regard dans le vide. On lui demande de sortir, pas de réaction. Je m’approche d’elle, avec le réflexe je pousse la chaise au cas-où, j’ai bien fait : elle s’y effondre. Je lance un vague "je mets la maman de Maxence dans une chambre libre, elle va…pas très bien". Je la porte limite jusqu’à la salle de change, pas du tout adaptée pour ça, mais au moins, il y a un brancard.

J’essaie de réfléchir vite dans ma tête, elle a fait un malaise, elle est mutique, allez Mike t’es interne bientôt, qu’est-ce que tu fais ? Je demande au D2 qui m’avait suivi un peu affolé, d’aller me chercher dynamap, ecg et appareil à glycémie (COUCOU JE SUIS EXTERNE), je lève les jambes de la patiente, toujours mutique et "ailleurs". Je suis presque persuadé que c’est quelque chose de psy, mais on va éliminer l’hypotension du vagal, l’hypoglycémie, ou une cardiopathie sous-jacente… J’en sais rien moi, je suis externe et j’ai le réflexe ECG.

Et puis j’ai fait un truc qui ne ressemblait que très moyennement. J’avais déjà du gérer personnellement une attaque de panique, et il semblait que le plus important était le contact avec la réalité. On l’apprend en cours, "déréalisation" "dépersonnalisation" "impression de mort imminente" dans l’item 191, mais franchement "rassurer le patient", dans la pratique, c’est vaguissime.

J’ai donc fait avec ce que je savais, c’est-à-dire maintenir le contact physique (tenir la main, ou caresser l’épaule) et verbal (parler, expliquer, rassurer). Un peu comme je faisais en géria, où le monologue était parfois de rigueur… Elle a une discrète hypoglycémie, mais l’infirmière m’a ramené un jus de pomme. Je demande à la maman de M si elle a un traitement (non) et des problèmes médicaux en particulier (je fais de l’arythmie). Je suis sûr maintenant pour l’ECG, je lui explique et lui fais. Normal. Ouf. Et la tension est correcte. Elle recommence à me parler un peu, je lui demande de penser à des choses agréables.

Elle me parle de ses chevaux, son seul échappatoire. Elle est très heureuse parce que sa fille est encore plus mordue qu’elle. Elle en fait les lundi soir toutes les semaines. Et puis elle me parle de sa vie à l’autre bout de la Terre. Un pays chaud, une autre culture. Elle regrette d’être revenue en France. Dans la vie, elle est quand même un peu stressée. Elle a deux garçons et une fille et le plus grand a déjà passé quelques jours en réa. En plus, elle a perdu un proche il y a peu de temps. Elle dort très peu. Elle voudrait être là tout le temps partout, maîtriser sa vie, sa famille, toutes les choses qui s’y passe. Mais là c’était plus possible, elle a craqué, s’est laissée aller.

Elle a une amnésie complète de cet épisode d’ "absence", et elle commence à se confondre en excuses. C’est pas la première fois que ça lui arrive en plus. Suite à la mort du proche, et là-bas, en réanimation. Je maintiens le contact un maximum, la fait parler de mille et une choses, agréables ou non, mais parler parler parler, assis à côté d’elle. J’avais tellement peur qu’elle refasse un épisode du même genre, ou une attaque de panique, qu’elle avait abordé à peine de retour à la réalité.

On se sent tellement impuissant quand c’est comme ça, on voit la patiente qui ne va pas bien et on ne peut "que" parler. C’est autant un stress pour moi que pour la patiente dans ces cas-là, mais il faut aller au-delà de ça, non parce que sinon on ne s’en sort pas. On entendait Maxence, son fils, pleurer à présent. J’ai ouvert la porte. "Vous entendez ? S’il pleure, c’est qu’il respire. Il y a deux médecins qui s’occupent de lui et il y a papa qui est là aussi. Je laisse la porte ouverte, vous pourrez l’entendre comme ça."

Cette patiente m’a pris une heure de mon temps. Je l’ai gérée vraiment tout seul. Je pensais surtout à un état de stress post-traumatique, mais l’item 41… c’est bien trop loin. Bon et puis il n’y avait qu’un patient en chirurgie, une OMA que la petite D2 avait carrément bien géré. En allant montrer l’ECG à une interne, plus pour la rassurer elle que moi, puisque c’est le genre d’ECG où même la machine t’écrit "ECG NORMAL", elle me dit que c’est bon, je peux le jeter. "On ne le garde pas dans le dossier de Maxence ?" Ben non, c’est pas l’ECG de Maxence. J’avais même écrit dessus "Maman de Maxence".

Au moment de partir, je vais voir la maman pour lui dire aurevoir, qu’elle hésite pas à appeler si ça n’allait pas mieux, etc… Elle me répond que ça va beaucoup mieux, qu’elle se sent prête à retourner dans la chambre de son fils, et elle me sort : "Vous savez, plutôt que vous lancer dans la chirurgie, essayez la psy. Ca vous irait bien." J’ai souri, genre merci c’est gentil. Mais ce n’était pas si anodin que ça, dans une période de doute en raison de mon stage. Même si je ne préfèrerais jamais la psy à la chirurgie.

J’ai gardé l’ECG. Il est accroché dans ma cuisine. Pour me rappeler, tous les jours, que le contact avec les patients, c’est primordial.

(Maxence : faux prénom.)

Peut-être que c’est ça, être fort.

Comme nous pouvions, mais ne voulions pas, nous y attendre, monsieur H est mort ce matin. Très agréable patient, mais aussi fort et robuste, puisqu’il n’avait jamais cessé de travailler jusqu’à son hospitalisation, il y a quelques jours, justifiée d’une perte de poids de 14 kilos. Les imageries découvraient alors un cancer de l’oesophage, et les aliments qui, emprisonnés devant cette tumeur faisant office de porte blindée, condamnant l’entrée dans cet indispensable organe qu’est l’estomac, devaient rester tranquillement dans l’oesophage, privant les muscles et la graisse de monsieur H de toutes les ressources nécessaires pour survivre.

Pis, cette amorphe substance d’aliments, mâchés et pré-digérés, marécageuse, avait réussi, on ne sait comment, à se frayer un chemin ailleurs, et anatomiquement, autour de l’oesophage, il n’y a que les poumons. On en conclue facilement que pour vivre, respirer de la nourriture….n’est pas une solution optimale.

Nous ne savions si la famille de monsieur H, et monsieur H lui-même, étaient tout bonnement simples et vouaient leur entière confiance aux bonnes décisions du médecin, tel un tableau du début du siècle dernier ; ou si, au contraire, de manière à réserver et cacher leurs mauvais sentiments, avaient déjà tout compris, mais venaient rendre visite à leur proche à l’hôpital, comme on viendrait rendre visite à un cousin éloigné et à qui on raconterait les dernières nouvelles, écran de superficialité comblant le désespoir et la fatalité d’un pronostic mauvais. Mais aucun ne feignait comprendre le diagnostic, et tous se portaient très bien.

L’interne fut appelé à son chevet en urgence, en fin de matinée, pour la réanimation, et finalement, aucun geste très invasif ne fut tenté. La scène était surnaturelle : la majorité de l’équipe était là, autour du lit, à regarder ce pauvre monsieur H, qui gaspait, et on attendait, et on ne faisait rien, et puis on n’aurait rien pu faire de toute façon chez ce vieil homme, qui était en train de mourir, mourir sans jamais avoir entendu le mot "CANCER". Celà me parut durer des heures. Aux derniers spasmes, l’interne sortit appeler la famille, les aides-soignantes finirent de laver le décédé, et je sortis faire autre chose, pour m’occuper l’esprit et ne pas ressasser de mauvaises pensées.

Malheureusement, on ne peut pas s’en empêcher. Je me surprends, dans ces moments-là, à me rappeler du moindre détail précédant l’évènement, qu’on aurait oublié s’il ne s’était rien passé, mais que quelque chose de marquant vient cristalliser et graver à tout jamais pour l’associer à ce qu’il s’est passé. L’arrivée de l’infimière dans le bureau des internes, ma course vers l’ECG, les longues secondes d’inaction face au futur cadavre, silencieusement angoissantes et lourdes, presque insupportables, mais surtout, le geste négatif de la main aide-soignante devant la porte, qui, me voyant arriver poussant l’appareil à Ecg, me fit un merveilleux signe, las mais si expressif, qui voulait dire, "trop tard, c’est fini".

Ces images occupent mes pensées, bien sûr, mais paradoxalement, je n’ai pas de sentiments associés tristes, comme j’aurais pu les avoir auparavant. Peut-être parce que je m’étais préparé à son décès, malgré le peu de jours durant lesquels j’aurais appris à le connaître, peut-être parce que je savais que son pronostic était mauvais ; cependant je ne peux pas m’empêcher de penser que je grandis, je fonce dans la réalité, et je m’endurcis. Ce décès je le vis autrement, et même si je garde un léger goût amer, le recul que j’ai pu prendre en moins d’une journée est déjà suffisant pour pouvoir en parler, sans pleurer, sans être si triste que ça, et même pouvoir le bloguer. Alors, peut-être que c’est ça, être fort.

Acerbe remarque.

Suite au retour des D4, des vrais d4, ceux qui passent l’ECN, au déménagement impromptu de mon service dans un autre qui nous ampute de quelques lits, au cruel manque de congés à poser (haha), suivre les patients devient, oserais-je dire, un jeu d’enfant.

On ne pourrait pas croire mais avoir 2 patients, c’est usant. On en culpabilise de rechigner à se lever le matin, pour s’impatienter avant les 3 fameux quarts d’heure de gloire, de la gloire de l’externe à connaître ses deux patients sur le bout des doigts, de nos petits doigts usés par les fichages d’items, prenant la forme inversée d’un stylo, tel un permanant signe du godet. Puisque qu’on n’attend seulement que ce furtif "coucou." pontifical à nos 2 patients, alors, la moindre des choses est de tout connaître, les constantes, le caca dur ou mou, si la nuit s’est bien passée, si le plateau repas est convenant, si la couleur du mur ou des cheveux de ghislaine, l’aide-soignante, est plaisante, et si la voisine ne sent pas trop le pipi. J’exagère, bien entendu, nous faisons, et j’entends par nous, la substance amorphe de blouses blanches avachies sur un charriot de dossiers ; des tas d’autres choses. N’ayant pas droit au café, nous regardons (admirons !) nos internes s’en délecter, trions les examens complémentaires avec, euh, tact et mesure ?, participons à la T2A en faisant des tours d’ECG, et en calculant les indices de Buzby, et c’est déjà pas mal. Il ne faudrait pas nous en demander trop : nous ne sommes pas là pour faire comme les médecins. Ah si.

Je ne vais pas disgresser plus longtemps sur cette surpopulation d’étudiants hospitaliers, puisqu’elle ne concerne que nous, et parce qu’on va m’accuser d’écrire cet article pour le compte du CNOM.

J’ai peur.

C’était un samedi après-midi. En l’espace de deux heures, on s’était déjà raconté la moitié de nos vies. Etudiant infirmier, c’était un homme du sud, de mon âge, qui laissait entrevoir au travers d’un fine barbe d’étincelants sourires, lâchés par mégarde. Tout de suite, on s’est plus, et on parlait comme de vieux amis, connaissances de longue date. J’eus même l’audace, entre deux élans de passion gratifiant Tolkien ou la relation médecin-malade, de lui demander son numéro de téléphone, "au cas où".

Je ne me suis jamais autant senti investi. Mes relations se résumaient, au-delà de mes échecs cuisants du passé, de souvenirs qu’on espère un jour gommés, oubliés, à des rencontres moins qu’éphémères, ne laissant pas entrevoir le moindre espoir quant à une éventuelle "suite". Et puis il y a "les plans culs". Mais il s’agit d’un extra dont je n’ai pas envie de parler ici, n’en tirant évidemment aucune fierté.
Il m’appela le soir-même, pour ne rien me dire, probablement pour vérifier l’exactitude de mon numéro, et peut-être parce qu’il était dans le même état d’esprit, à chaud, que moi, heureux d’avoir trouvé quelqu’un lui ressemblant mais le complétant. C’est difficile d’être difficile, mais il vaut mieux faire apparaître, telle une lettre de motivation, un minimum de culture, de passion, (et de poils) pour me plaire ; et sa manière de fonctionner ressemblait étrangement à la mienne. Les poils en moins, certes.

Nous nous revîmes lundi soir, chez moi d’abord, cependant chez moi il n’y a rien à faire pour un embryon de couple, puisqu’agencé de manière à "bosser, bouffer, et baiser", comme le parfait célibataire-D4 dont le rôle me sied plutôt bien ; et nous partîmes finalement chez lui. Son appartement était adulte : la chambre est séparée, un canapé lit et une table basse font face à un écran plat, et il dut se sentir exaspéré devant le pauvre spectacle du petit coin me servant de salon. Là, nous avons continué notre discussion enflammée de l’avant-veille, aprouvant ou contrant l’autre par des arguments puisés dans notre maigre culture, qu’elle soit musicale ou littéraire pour moi, et cinématographique et philosophique pour lui. Nous nous quittâmes, dans la nuit, une bouteille de vin plus tard, sur un baiser, un de ces baisers commençant délicatement du bout des lèvres, sensuel, maturant jusqu’à devenir intense, comme si ça avait un caractère érotique, mais sans être vulgaire, et ce baiser était un acte charnel en lui-même, enflammé par la passion, et aussi sûrement l’alcool. Je glissai jusque chez moi.

C’est un passionné de films, et je lui demandai de m’en faire découvrir, par exemple du Tarantino, que je connaissais à peine. Je n’avais jamais vu Kill Bill, et d’ailleurs je n’avais jamais vu un film de cette manière. Le lendemain, la bouteille de vin débouchée, nous nous sommes installés sur son canapé, la tête de l’un sur le torse de l’autre, et vice-versa, et je suivais le film ponctué de ses commentaires, me nourissant des références, des détails techniques des scènes, et découvrant par ailleurs une bande originale merveilleuse, qui m’aura fait découvrir et aimer la musique de western. Il était -encore- tard, coupable de me laisser repartir, j’eus le droit de rester dormir chez lui, non sans une tirade d’hésitation, puisque c’était un évènement rare de son histoire sentimentale, et que, comme moi, la présence d’un autre dans son lit le rendait mal à l’aise. Je ne l’embêtai pas durant la nuit et partis discrètement, tôt dans la matinée.

Gêné d’être à nouveau invité, je me promis de ramener à manger cette fois-ci, et d’arriver plus tôt pour ne pas avoir à le faire se sentir gêné de me laisser repartir au milieu de la nuit. J’arrivai alors, avec des légumes et de la viande blanche, ce qu’il restait chez moi, pour lui cuisiner un plat de base, l’essentiel étant de cuisiner pour lui, et je franchis un pas de plus, et même si ça allait bien vite, j’en avais envie, et ne me posais pas de questions sur la cinétique de notre relation. Il était ravi, et s’était même décidé au dernier moment à aller acheter du vin. De manière niaise, j’avais pris nos deux verres vides en photo, et c’est longtemps resté le seul souvenir physique de cette relation, avant que je ne l’efface. Après le deuxième volet de Kill Bill, je repartis chez moi, épuisé mais heureux.

J’avais pensé pouvoir passer une dernière nuit avec lui avant ses vacances, et j’y crus, il s’agissait probablement d’un malentendu créé de toute pièce par mon esprit sur-alcoolisé du vendredi soir, en gros le mec bourré qui ne cale rien. L’annonce du contraire, après quelques calins, chez lui, me fit me sentir tellement triste, puis énervé, je le quittai en claquant la porte.

Sérieusement. Ca devait cesser. Jamais, jamais, depuis au moins mes précédents échecs faisant office de relations, une telle bêtise ne m’avait traversé l’esprit, jamais une telle faiblesse ne s’était emparée de moi. Je n’avais pas touché un item depuis le début de cette relation, une semaine vide, blanche, une semaine à oublier mon premier amour, la médecine ; une semaine épuisante, à ne dormir que quelques heures, une demi-bouteille de rouge dans l’estomac chaque soir, à m’excuser de mon retard le lendemain, en stage, et à oublier, oserais-je dire, mon deuxième amour : mon lit. Tous deux étaient sublimés.

J’ai donc profité de ses vacances pour l’oublier. Pour effacer tout souvenir, en commençant par le plus facile : les photos, les conversations sms, les appels en absence ; puis plus difficile : les souvenirs, la mémoire. Un rude, long mais certain, travail avait commencé, et il fallait l’oublier, et je m’efforçais d’y arriver, jour après jour, petit à petit, cette solution étant l’ultime recours. La distance, la D4, le sommeil et mon stage très prenant m’y aidant. M’y aidant tellement, que je restai froid à son appel de retour de vacances, que je ne lui donnais plus de nouvelles et lui non plus. J’en étais arrivé à en être dégoûté, dégoûté d’avoir perdu du temps et des places aux ECN.

Je ne suis qu’un trouillard. J’ai peur de m’engager, de changer ma routine minable mais tellement rassurante, j’ai tellement peur que quelqu’un fasse de moi ce qu’il veut, percer mes grands mystères et secrets à jour, casser cette vitre que je mets entre le monde et moi, qui s’efface malgré tout, le temps d’un billet sur ce blog. Je ne veux pas ça. Et je lui en veux tellement à monsieur Strike. Puisqu’il m’a fait vivre différement, et que jamais plus je ne revivrai ça.

20120707-222201.jpg

Monsieur le doyen, cher maître.

Un billet de mon ancien blog

Monsieur le Doyen, cher Maître,

Malgré le courant de pensée actuelle, j’ai toujours prôné la présence en cours, qu’il soit de plus ou moins bonne qualité, plus ou moins dans l’axe que l’ECN nous impose, même si, j’en conviens, aucune connaissance n’est superflue. Que nous les préparions ou non, une écoute attentive et une participation active étant la base de l’enseignement.

J’ai toujours prôné la présence en stage, accompagnée bien sur, de bonne volonté, de curiosité, de dynamisme, voire même d’autonomie partielle.

J’en ai appris des choses. Je ne suis qu’au début de ma formation, et pourtant, j’en sais 10 fois plus que l’année dernière et 100 fois plus qu’il y a deux ans. En endocrinologie, j’ai appris énormément sur l’interrogatoire, sur les complications du diabète, sur l’attitude d’écoute et d’empathie. En gynécologie, j’ai appris à être méthodique dans la prise en charge. En rhumatologie, j’ai appris l’examen ortho-rhumato et neurologique, et tous les différents traitements de la douleur. En chirurgie oncologique, j’ai appris à me comporter dans un bloc, à instrumenter de manière plus ou moins efficace.

Cette année est celle de ma D4, celle qui va m’aiguiller dans ma carrière, celle des fameux ECN. Quoi qu’on puisse en dire, ce sont les ECN qui vont me permettre de réaliser mon rêve, de m’épanouir. Quoi de pire qu’un médecin généraliste qui l’est par défaut. Pour que nous puissions réviser au maximum cet “examen” nous avons nos après-midi libérées, en échange de quoi, nous devons être présents en stage tous les matins.

Notre programme est complété de conférences hebdomadaires, qui sont comme des concours blancs. La fac “organise” des conférences tous les mardi de 19h à 23h, et, de plus, je participe à des conférences privées, tous les samedi de 15h à 20h, qui me coûteront moins de 1000 euros l’année.

Votre nouvelle politique, est de poursuivre l’ascension de la faculté dans le classement inter-fac établi, arbitrairement, par exemple, par la proportion des étudiants classés parmi les 1000 premiers. On pourrait avoir du mal à y croire, mais c’est ce que vous voulez.

Mais je pense que si vous ne réagissez pas sur ce qu’il se passe au CHU, je ne ferai pas remonter le niveau de la faculté : j’ai commencé mon année par ce stage en chirurgie pédiatrique. J’en ai appris des choses. Je n’ai certainement pas appris à examiner un enfant, encore moins un nouveau-né. Je n’ai pas appris la prise en charge d’une pathologie pédiatrique ni les indications des examens complémentaires. Je n’ai pas appris l’empathie et l’éducation des parents, le message à leur faire passer, puisqu’en pédiatrie, il n’y a pas qu’un patient, il y en a 3 si on rajoute papa et maman.

J’ai appris d’autres choses.

Oui, j’ai appris à être soumis et à obéir. J’ai appris à fermer ma gueule. J’ai appris à encaisser les remarques et les insultes inappropriées et injustifiées. J’ai appris à attendre que le programme soit fini pour pouvoir partir et manger, même si parfois c’est après 15h, et que le RU est fermé. J’ai appris que se faire engueuler était visiblement quelque chose de “pédagogique”. J’ai appris que j’étais la sous-merde de l’hôpital. J’ai appris que je devais faire toutes les tâches ingrates sous le prétexte que “c’est formateur”.

J’ai appris à manger en 15 minutes pour me remettre à bosser à la BU après 8 heures au bloc. J’ai appris à gérer mes émotions, et que mes sentiments d’infériorité et de soumission n’affectent pas mon travail, ni au bloc, ni à la BU. J’ai appris à accepter de revenir le jeudi après-midi pour préparer le staff du vendredi après-midi, auquel je dois aller bien sur, mais aussi faire une présentation sur un sujet hyper-spécialisé, et donc, pas ECN. J’ai appris à accepter les remarques des chefs et des internes, qui doivent trouver que nous ne sommes pas assez présents.

J’ai appris à ne dormir plus que 7 heures, puis 6 heures par nuit pour pouvoir, au mieux finir mon programme, au pire ne pas être en retard sur les autres. J’ai appris à contrôler mes pulsions suicidaires en sortant des blocs d’ortho. J’ai appris à travailler au lit. J’ai appris à me réveiller vers 5h30-6h pour bosser un peu avant le bloc.

J’ai appris à ne pas détester les autres D4 qui ne vont pas en stage et qui sont à la BU depuis 8h, tous les jours. A ne pas détester ceux qui se plaignent de leur stage puisque je le fais constamment. A ne pas détester ceux qui sont meilleurs en conf, puisqu’ils le méritent. J’ai appris à ne pas détester les D2 et les D3 dans mon service, puisqu’ils endurent la même chose que moi.

Vraiment, j’ai appris des trucs. Elles ne me serviront certainement pas pour les ECN.

Veuillez accepter, monsieur, mon respect le plus profond.

MDB.