Mes amis.

J’ai voulu écrire un article sur mes amis, mes vrais amis, le soir où je les ai retrouvés après une longue séparation prétextée par les révisions. J’avais envie d’écrire tout le bien que je pense d’eux. Tout le bien qu’ils m’apportent et que je ne sais pas leur dire.

C’était la première fois que j’éprouvais une telle sensation. Auparavant, je n’avais pas réellement des amis. Simplement des connaissances. Ne pas s’attacher, une règle. LA règle.

Maintenant je sais. Mes amis, je peux les compter sur les doigts de ma main. Mes amis, ils se reconnaîtront en lisant cet article.

Ce sont paradoxalement les personnes avec qui je parle le moins. En fait, ils n’ont pas besoin que je parle pour me comprendre. Ils savent. Ils voient quand je me fais chier à une soirée, ils voient quand je suis stressé, ils savent quand mon stage me plaît. Surtout, ils savent que je n’aime pas directement dire ce que je ressens. (De toutes manières je ne sais pas le faire. J’écris plus facilement).

Mes amis, ils savent qu’il faut pas trop me demander mes histoires de coeur, de cul. De famille. D’argent. De l’avenir que j’envisage après mon internat. De pourquoi j’ai fait médecine. Ils savent que quand j’ai un problème ou un soucis, je n’ai certainement pas envie d’en parler.

Ils savent qu’il ne faudra surtout pas parler de cet article en face de moi.

Ils me connaissent et savent que si je suis direct, ou que je ne mets pas les formes, ils ne faut pas m’en tenir pas rigueur.

Ils savent que je ne suis pas si superficiel que ça.

Alors merci, L, S, P, A, L, K, Ch, ML, C.

C’est la rentrée.

Aujourd’hui l’atmosphère a changé.
Plus de monde dans le tramway de 7h30, plus de monde dans les couloirs de l’hôpital, la nouvelle externe de garde en gynéco qui arrive complètement perdue, le ménage à la corpo, l’employée (steph) qui est revenue, les P2-L2 qui apprennent à se laver les mains, la BU fermé les premiers lundi du mois, et que tout le monde oublie.

C’est la première fois que j’ai des rattrapages -du moins auxquels je vais-. Cette impression d’entre-deux-eaux est très angoissante. C’est la rentrée, les P2 sont en P2, l’employée restera encore un an et les futurs D4 sont enfin (ou déjà) en D4. Moi j’en sais rien.

J’essaie de voir ma vie de redoublant D3 et ça ne me plaît pas.

Bon, je retourne me noyer dans la jurisprudence. Exams à 14h.

Je n’en peux plus.

Je ne sais pas comment je faisais en P1 (ancienne PACES) pour bosser mes 10 heures par jour. J’arrive à peine à 8-9 heures par jour en étant exténué, et en dormant autant d’heures.

Je n’arrive plus à bosser comme avant : c’est un fait. Mais il faut dire que je ne suis pas aidé.

Par exemple, du petit appartement situé à 2 mètres de la fac, excentré, en colocation avec une autre P1, sans internet, sans télévision, sans même vrai lit, simplement une radio ou un narguilé pour la détente… Je suis passé à un appartement en plein centre-ville, balcon et vue imprenable, 3e étage, seul, un PC, un iphone, une télévision, et des tas de copains qui ne sont pas en révisions, eux, et qui habitent à côté.

J’ai commencé la gériatrie il y a maintenant 1 mois, et les notes aux dossiers ne s’améliorent pas (entre 45 et 55/100). Mes notes en gynéco sont un peu meilleures en fonction des dossiers. Mais alors le module 1. Le module 1. Un module contenant, pêle-mêle, la responsabilité médicale, l’examen d’un cadavre, le dossier médical, le secret médical, les certificats…

On nous demande, dans les annales, de commenter des cas de jurisprudence. Je sais à peine ce qu’est une jurisprudence, alors la commenter, allons bon ! Si on nous expliquait seulement comment faire ! Mais non. Devine.

Le pire, c’est l’impression de passer à côté de mon stage : je n’y vais plus, pour réviser. Pourtant, la gynéco, ça m’intéresse, c’est ça que je voudrais faire quand je serai grand. On est libres, de ne pas venir, de suivre qui on veut, et même de prendre des gardes. J’ai des internes sympas prêtes à t’expliquer si tu poses des questions, les chefs que j’ai vu sont gentils et accessibles, mes co-externes sont très compliants…

Et non, je reste chez moi pour faire de la gynéco en dossiers cliniques, et me taper un 49/100 à la grossesse môlaire. C’est triste.

Dès que je passe plus d’un quart d’heure hors de mon bureau, je culpabilise. Je culpabilise d’écrire cet article, je culpabilise de sortir boire une bière avec des potes (alors je n’y vais pas), je culpabilise de cuisiner, d’aller faire mes courses. Temps perdu = jamais rattrapé.

Le plus dur n’est pas passé. Je passe mes exams lundi, mardi et mercredi. Je n’aurais pas vraiment pas envie d’aller en stage à tous les coups, surtout que la BU rouvre. Aller en stage ? Combler les lacunes à la BU ? Les deux ?

J’en ai marre. Et je ne suis pas encore en D4.

« Ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort. » Nietzche.

Je savais qu’un jour j’allais être confronté à cette situation. Quelqu’un m’a dit hier, sans préambule ou autre forme d’explications, que j’étais « bête à bouffer du foin ». Quelqu’un est arrivé à m’expliquer -laborieusement mais certainement- à la conclusion suivante, finalement résumée en un mot : je suis anti-social. Je n’aime personne, quoi.

J’espérais (et j’espère toujours) que les lecteurs de mon blog comprennent un minimum le second degré. Sincèrement, j’espère que vous savez déceler les articles premier degré et second degré. J’ai malgré tout ajouté cette notion au début de mon blog. Un lecteur averti en vaut deux, pas vrai ?

Je considère ce blog comme un exutoire. Une pensine, pour les connaisseurs :) J’écris ce qu’il me passe par la tête, ce qui me pèse ; j’ai toujours préféré l’écrit puisque les sentiments sont mieux ressentis par le lecteur, si tant est que l’auteur parvienne à les faire passer…

Oui, j’use, j’abuse, je més-use du second degré. Ca n’a pas toujours été le cas.

Je n’oserais certainement pas me placer en représentant du monde hospitalier, je vais simplement raconter comment j’ai vécu la transition « fac-soirée-lol-D1 » à « hôpital-stage-ECN-D2 ». D2 et plus.

L’externe, ce mot qui sonne presque comme une insulte (« LES EXTEEEEEERNES VOUS AVEZ PAS RANGE L’ECGGGG »), est donc balancé dans un service. On arrive vraiment nu, moralement et intellectuellement. Si on est chanceux, on va tomber sur un service bisounours-coeur. Les internes et les chefs vont s’occuper de nous, nous dire ce qu’il faut faire. Nous apprendre à faire une entrée, un gaz du sang. Peut être même nous épauler quand ce sera dur. Quand on n’a pas de chance, on tombe par exemple en réa néphro pour ses premières gardes.

C’était le 19 octobre, vers 18h30, je sortais du service d’hospitalisation traditionnelle de néphro -oui, j’étais un ouf, j’ai pris néphro en premier stage- pour aller prendre ma première garde en réa néphro. J’étais confiant, j’y étais déjà passé la semaine dernière en stage. Savoir comment le service est organisé, qui sont les infirmières et les aides-soignantes (une équipe super au passage, je me souviens même de Rachel, c’est dire), quelles sont les habitudes pour les entrées, qui est l’interne : ça présageait une première garde vraiment agréable et facile.

A première vue, personne en entrant dans le service de réa. En fait, si : tout le monde s’agitait dans un box. J’y vais sans traîner, y a-t-il besoin d’aide ? Dans le lit, Mlle F, 22 ans, hospitalisée ici pour pyélonéphrite sur son greffon. Je ne me souviens pas du tout de la néphropathie sous-jacente, un truc genre maladie de Berger, mais je ne suis vraiment pas sûr. A priori pas quelque chose d’extrêmement grave, à la base.

Bref, ce n’était pas du tout pour ses reins que l’équipe soignante s’afférait, mais pour son coeur. Il s’était emballé (pour les amateurs, elle était passée en fibrillation ventriculaire). Mlle F. avait fait un arrêt dans le service, sans aucune étiologie évidente. Je ne connaissais pas du tout le traitement à l’époque, la seule chose dont je me souviens, c’est qu’ils ont réussi à réduire sa fibrillation après un choc électrique externe (« son coeur est reparti »). Le chef appelle sa famille, ils arrivent dans 3/4 d’heure.

« Tiens si tu sais pas quoi faire, tu n’as qu’à aller voir Mme B. ». Mme B., 86 ans, cancer broncho-pulmonaire métastatique. Je prends mon temps pour l’examiner, mais l’interrogatoire est difficile. Et puis un examen néphro, c’est quand même très succinct. Alors je fais un examen complet.

Ca s’affère à côté.

Mlle F. re-fibrille. Après 45 minutes de massage cardiaque, de choc électrique externe, de médocs de réa (adré, tout ça…), mlle F. est en dissociation électro-mécanique… Plus grand chose à faire. Mlle F est décédée.

La famille arrive. Ils ne sont pas au courant du 2e épisode. Personne ne les a mis au courant, puisqu’elle est morte presque en même temps qu’ils sortaient de leur voiture sur le parking, à peu de choses près.

Je sors de mon box pour aller écrire mon observation sur Mme B. à ce moment-là.

Je ne me suis rendu compte qu’après de ce qu’il se passait. Ecrire son observation en entendant des cris déchirants et des pleurs dans le couloir. Elle venait juste pour une pyélo, il ne comprennent pas. Quand on les a appelé, elle allait mieux. Alors ils s’étaient dépêchés. Ils ne pourront plus jamais lui parler. Profiter d’elle. Ils n’ont pas pu lui faire leurs adieux, ça n’était pas prévu.

Le chef les fait rentrer dans la chambre. Puis il vient me dire que je peux partir.

Il est 23h30, je prends un bus de nuit, tout seul. Je ressasse et je ressasse. Tout le monde est en train de dormir, demain il y a stage à 8h. Personne ne répond au téléphone. Je n’ai pas tellement envie de tout raconter, à chaud, par écrit, à ceux qui sont sur facebook. Cette fille, cette patiente, je ne la connaissais pas. Elle était rentrée le jour même, jamais eu le temps de lui parler puisqu’ils la massaient quand j’ai pris ma garde. Pourtant c’est ma première garde. C’est mon premier décès.

Le lendemain, j’apprends que Mme B. (cancer broncho-pulmonaire) était morte durant la nuit.

La distance mise avec les patients permet de tenir. Si j’étais dans un tel état à chaque fois qu’un de mes patients mourrait, je serais en dépression 2 semaines après être entré en gériatrie. On doit se blinder.

Cette histoire, bouleversante -j’ai essayé de vous décrire l’évènement avec la vague d’émotion qui m’a submergée- est, certes, une expérience qui marquera ma vie, un peu mélo-dramatique j’en conviens.

Malheureusement, on n’apprend pas à se forger une carapace seulement parce que nos patients meurent ou sont malheureux. C’est le même scénario dans le bureau des internes.

Être traité comme une sous-merde « QUOI tu connais pas les germes qui donnent des myélites ?? » ou rien que voir le chef de service retourner et secouer un dossier médical parce que les compte-rendus ne sont pas perforés et rangés, pour que tu sentes bien l’humiliation quand tu dois les ramasser à ses pieds. C’est une autre forme d’armure qu’on se fabrique.

Je ne dénigre pas cette forme d’éducation, si dure soit-elle, je n’irai pas jusqu’à remercier ce chef de service, mais il a eu le mérite de renforcer ma confiance en moi.

Il est très difficile de parler de moi comme ça. Surtout deux jours de suite. Mais si ça a pu éclairer les plus sceptiques d’entre vous, alors j’espère que vous ferez une bonne lecture, avec un point de vue différent. Sinon, allez vous faire f…

Et puis tiens j’ai envie de rajouter un peu de musique comme d’hab ! J’ai reçu ma platine vinyle ce matin, alors j’écoute en boucle Vitalic en boucle. Et puis ça fera plaisir à @Graounch. Des bisous, ne lâchez rien.

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Je ne sais pas y faire.

Hum, une fois n’est pas coutume, je ne suis pas calé sur le sujet, mais il s’agit d’une histoire récente. Qui m’a fait plus que tergiverser.

Je n’ai jamais été très « sentiments », « attachement » et tout ce champ lexical. La question d’une relation ne m’a jamais traversé l’esprit ces dernières années puisque cela ne m’intéressait pas. Bien sûr, il me reste -ouf- l’empathie que j’ai pour mes patients, mais il s’agit là d’une partie de moi complètement cloisonnée de ma vie privée. Même si elle peut avoir des répercussions. Bref, c’est une autre histoire.

Bien sûr, j’ai ce qu’on appelle des « coups d’un soir ». C’est très conceptuel, surtout dans mon milieu. Et chacun l’envisage comme il veut. Tu arrives, tu fais ce que tu as à faire, et tu repars ; pour les plus minimalistes. Tu peux dîner, y passer la nuit, câlins et café au petit-déj pour les plans-cul améliorés.

L’engagement et le temps passé, que dis-je ! perdu, dans une relation, les hauts et surtout les bas, les concessions et les sacrifices, cela m’a toujours effrayé. Bien sûr, on n’en voit que les mauvais côtés. Bien sûr, l’amour (permettez-moi de mentionner ce que je connais peu), va au-delà, d’après les racontars. D’ailleurs, pourquoi passe-t-on notre temps à le chercher si c’est aussi mauvais que je ne le prétends ?

Il m’est arrivé, cet été, qu’un « coup d’un soir » s’attache plus qu’il ne le faudrait.

C’est très touchant, évidemment. Mais c’est surtout nouveau, et donc étrange. « Je ne sais pas trop comment me comporter, alors je ne me comporte pas ». Comment se comporter vis-à-vis de ses amies ? De ses parents ? Et surtout, comment me comporter avec mes amis à moi, qui me voient comme une « ordure », un « consommateur de sexe » ? C’est que j’ai une réputation à garder, moi ! Tout ça ne donne pas envie, hein.

Et pourtant, cette dépendance qui commence à se créer, cette mine déconfite à mon départ, ces « doudou » et « chat » m’ont fait me poser quelques questions. Et si moi aussi j’étais attaché ? Je n’ai pas été très entreprenant, et ai commencé à laisser couler. Coups de téléphone, sms. Agréables surprises. Tiens, quelqu’un pense à moi à l’autre bout de la France. A 3h48 du matin.

Suite à une mauvaise manipulation texto (rah, ces gros doigts), le pot-aux-roses a été découvert. « Effectivement, je suis UN PEU moins ‘in love’ que toi ». C’était peut-être pas plus mal. L’année prochaine (je touche du bois), la D4. Ce n’était peut-être pas le moment de m’aventurer dans ce que je vois -malheureusement- comme une activité extra-universitaire.

On a cassé. Ou plutôt, j’ai cassé. Un sms sec, court, pas envie d’étaler ma pensée floue et sinueuse (l’honneur du mec, tout ça). Avec un objectif en tête : plus jamais ça, du moins en péri-ECN.

Allez, sur un autre ton, la musique du moment. Ne déprimez pas trop, ne lâchez rien ! Love.