On est finalement bien seuls.

Ce qui est intéressant mais si difficile, en médecine, c’est qu’on apprend à être fort. Mentalement. Et même quand on croit être fort, on ne l’est pas assez. J’ai mis du temps à écrire cet article. Ca fait longtemps qu’il est dans mes brouillons, et finalement je me lance pour cicatriser un peu. On va voir.

On a beau travailler en équipe, on se retrouve isolé. Moralement. Pourquoi ça ? Parce que PERSONNE ne saura. Non, personne ne peut ressentir ce que ça peut être de perdre un patient, de se sentir humilié et mauvais en conf, de faire des dossiers et de voir que les notes stagnent à 40, de dire à Mme A, 38 ans, mariée, 3 enfants en bas âge, que sa douleur au ventre c’est un cancer méchant, qui a métastasé un peu partout. Personne ne peut savoir ce qu’il se passe dans ma tête quand la chir te dit que tu n’es bon à rien, qu’on te dit en staff « il manque un cliché là ». Et que 5 chirurgiens dont la chef de service, les internes, les externes, la cadre, les chefs IDE, les étudiants IDE te regardent et attendent pendant que tu fais tomber les 1000 radios par terre. Personne n’a su ce que j’ai ressenti quand on m’a fait comprendre que j’étais passé à côté d’une hémorragie méningée aux urgences.

Quand on commence médecine, personne ne sait ce qu’il y a derrière le concours. Personne ne sait ce qu’on voit en stage. On voit des trucs, on ne peut pas en parler, et même si on en parle, les autres ne comprennent pas. Relever un SDF en PLS dans la salle d’attente des urgences, te prendre un coup de poing d’un papy schizophrène, avoir les mains pleines de diarrhée, ventiler une patiente intubée pendant 45 minutes, découvrir que ta patiente est en arrêt à ta garde de Noël.

Personne ne vivra ce que j’ai ressenti en voyant cette enfant de 3 ans. C’était une opération simple, une simple endoscopie, les anesthésistes ne l’avait même pas intubée.

Au bout d’une heure d’intervention, elle commence à dé-saturer. Les anesthésistes nous disent de ne pas nous arrêter, augmentent l’oxygène, puis finalement l’intubent. Ca ne s’améliore pas.

Elle passe rapidement en mydriase, la saturation est au plancher, et puis on constate une énorme masse au niveau du ventre qui n’existait pas au début de l’intervention.

On s’arrête, les chefs appellent la réa néo-nat, font une échographie du ventre, elle a un épanchement intra-péritonéal. On fait une radio, tout le monde se déstérilise, les anesthésistes posent une voix centrale pour passer des antibiotiques. Deux chefs et l’interne vont se relaver les mains en vitesse pendant que l’infirmière de bloc prépare les boîtes de laparotomie. J’essaie d’aider comme je peux mais c’est difficile de savoir quoi faire. J’essaie de raconter ce que j’ai compris à l’interne de réa. L’interne de chir me fait signe que c’est pas la peine de m’habiller.

C’est tellement horrible de se sentir impuissant, de ne pouvoir rien faire parce qu’on ne sait rien faire, faire des micros-trucs style brancher le bistouri électrique, donner la bétadine dans les cupules, sortir des gants (heureusement que je connaissais la taille de tout le monde).

A l’incision péritonéale, on s’est bien reçu 3 litres de glycocolle sur les pieds. Elle a fait un syndrome de résorption. Sa natrémie est à 118 mmol/L (normales 135-145), pas réveillable, toujours en mydriase. Pas de lésion urétérale mise en évidence à la laparo, les chirs vident le péritoine, lavent et referment.

J’ai demandé quelques infos à P., l’interne -géniale et super compétente- qui était là. Au niveau vital, ça devrait aller. Au niveau neuro, il faut attendre le réveil. Bien sûr, il y aura des séquelles. Lesquelles, on ne sait pas encore.

J’ai eu beau faire mon fier, mon fort, je suis retourné à la fac, et je suis allé me cacher dans les chiottes pour pleurer. C’est la première fois que je pleure pour un patient. J’arrivais plus à m’arrêter. J’étais là, seul, à me moucher dans du pq, à me dire que j’étais idiot de chialer comme un gros con, que cette petite je ne la connaissais pas, que j’avais rien fait et que ce n’était pas ma faute, alors arrête de pleurer mike. Même maintenant, j’arrive pas à en parler normalement. Je suis bêtement en train de ravaler mes larmes en écrivant cet article. Vraiment pas fort le mike.

J’ai pris des nouvelles le lendemain. Elle n’était pas réveillée, la natrémie remonte mais n’est pas normalisée. Je n’en ai plus pris après. J’avais tellement peur d’entendre ce que je n’aurai jamais voulu entendre. Je ne sais même pas ce qu’elle est devenue cette gamine. Je ne veux pas savoir. J’ai l’impression d’être horrible en disant ça. Je crois qu’on se protège.

Et je me dis qu’on est finalement bien seuls.

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20 commentaires sur “On est finalement bien seuls.

  1. Spykologue dit :

    Elle est terrible cette solitude que tu décris. Et pas normale même. Il n’y a rien de prévu à la fac ou au CHU pour « debriefer » les situations les plus dures ?
    Le quotidien d’un hôpital nous confronte au malheur brut, à la souffrance la plus aiguë. Et face à ça, malgré toutes nos défenses, on reste humain. C’est à dire potentiellement boulversé par telle ou telle situation.
    De plus, je pense que la place de l’étudiant est presque la pire car il se prend toute la souffrance dans la gueule mais sans rien pouvoir faire. Le médecin peut agir, faire des gestes, a l’esprit occupé par tout ce qu’il doit accomplir.
    L’étudiant dans son coin ne peut que regarder. L’horreur de la situation ajoutée à l’impuissance.

    Ton billet je crois est sans doute plus universel que tu crois. Tu n’es pas le seul et malheureusement pas le dernier à chialer dans les toilettes en secret. Je sais de quoi je parle. On est tous potentiellement fragile face à la souffrance de l’autre. Et pour une raison ou une autre, CE patient ci va nous toucher. Sans prévenir.

    L’ecrire est déjà un bon exutoire. Maintenant reste à le partager pour t’en décharger. Ne reste pas seul avec cette sensation d’impuissance qui risque de te bouffer.
    Amicalement.

  2. stephane dit :

    Bonne idée d’écrire pour en parler.
    Il faut en parler à quelqu’un, en médecine personne n’est fort. Il y a toujours un jour alors qu’on croit être blindé, on découvre qu’on a encore des trous dans l’armure. Ça m’arrive encore et ça m’arrivera encore pas plus tard que la semaine dernière. Alors pour ne pas pleurer comme un con dans les chiottes, j’en parle à mes camarades de jeu et puis surtout à la maison à ma femme. On se fait notre debriefing le soir quand nos journées ont été dures et ça fait du bien de partager. Alors faut pas avoir honte, parce qu’il n’y a pas de honte à avoir d’être humain et d’avoir un cœur. C’est même bien quand on veut faire ce métier.
    Faut pas être seul, c’est très mauvais dans ce job pas comme les autres.

  3. J’ai moi-même ressenti la même chose, ce sentiment d’impuissance ou plutôt non, se dire « j’aurais pu faire quelque chose mais je ne sais pas quoi » et c’est encore plus frustrant.
    Que faire dans ces cas là ? j’ai pas de réponse, mais ce que je faisais, j’en parlais à mes colocs et je me replongeais dans mes bouquins.

    Courage, t’es pas seul.

  4. Mariama dit :

    Bon courage, on besoin de médecins humain. C est pas évident car les études nous apprennent pas tout cela.

  5. Gélule dit :

    Un jour en gériatrie on a assisté au moment du décès d’un patient. Le lendemain mon interne m’a pris à part pour s’excuser de ne pas en avoir reparlé avec moi, et elle m’a demandé si ça allait, si je voulais en parler. C’est la seule fois où quelqu’un m’a dit « c’était dur, tu veux qu’on en parle? » au cours de mes 6 ans d’études et de mes 3 ans d’internat.
    Et ça m’est arrivé de me cacher pour pleurer à l’hosto.
    J’espère qu’écrire t’aura aidé à cicatriser. En tout cas ce que tu as vécu avec cette petite, rappelle-toi-en, pour pouvoir peut-être soutenir un peu les étudiants dont tu auras un jour la charge. En attendant, je me permets un bisou.

  6. Bonsoir,je sais ce que tu ressens.
    Le de-briefing ne m’a jamais convenu. Et cette solitude m’accompagne. Essaye le pour voir,peut être qu’échanger te conviendra?
    Pour avancer,ton moteur c’est toi-même. Tu vas progresser,c’est obligatoire. Tu vas vivre encore des situations douloureuses parce qu’elles sont inhérentes à notre métier.
    Ta part d’humanité continuera à te questionner: ne la perds pas.
    Valide ton cursus,et après déploie toi : tu t’appuieras sur tes acquis et tu progresseras encore et encore…

  7. L’expérience de la maladie et de la mort est une guerre.
    La médecine est une arme, pour le meilleur et pour le pire. Elle sauve, elle tue. Elle est violence dans une vie violente.
    Les petits soldats deviennent fous devant les horreurs de la guerre. J’ai vus mes collègues souffrir et vieillir trop tôt durant mes études.
    La médecine est un monstre indompté qui change chaque jour de forme. La panacée d’aujourd’hui se révèlera le demain être un poison.
    Devenir médecin est grandir dans l’incertitude alors même que l’expertise grandit.
    Rien ne peut nous rassurer jamais entièrement sur ce que nous faisons subir à un corps, à la lumière pâle des données observées sur des milliers.
    Ni la belle revue Prescrire, ni les Bisounours et gourous en mal de puissance supra-stéthoscopique de l’humanisme 2.18.

    La réalité est dans l’océan qui mugit sur PubMed.
    Rien de digeste, n’est-ce-pas?
    Le paradoxe de l’efficacité croissante de la médecine est qu’elle ne s’accompagne pas d’un progrès linéaire certain sur mortalité et qualité de vie.

    La polémique récente sur le dépistage de la prostate est un exemple glorieux. Oui, le dépistage est une hérésie statistique. 65% des hommes après 60 ans sont porteurs de cellules prostatiques cancéreuses qui involueront ou iront se balader ailleurs à un âge où il seront déjà morts d’autre chose. On voit mugir de par le web de preux chevaliers tous contents de leur trouvaille à eux seuls qui roucoulent la haine de l’urologue, devenu soudain un traître à fusiller pour vaincre l’impuissance et l’incontinence qui galopent.
    Les mêmes qui pérorent aujourd’hui étaient ceux qui appliquaient des règles contraires il y a cinq ans, en faisant des ‘o’ sur leur ‘i’ et tirant la langue avec application.
    On s’entre-dévore entre médecins pour oublier l’incertitude.
    On oublie d’ailleurs dans cette affaire de parler de radiothérapie de 1re ligne, on se demande bien pourquoi ne pas proposer d’évaluer en randomisé cette technique aux nouvelles modalités certes ultra-chères, peut-être pas pour réduire la mortalité mais pour améliorer la qualité de vie, puisqu’il faut vivre et mourir avec ce qui reste pour certain un cancer avec de vraies métastases qui font bobo.
    J’ai un patient de 50 ans qui hurle la nuit inspiré par ses métastases osseuses partie de sa prune, malgré des doses de morphiniques délirantes. Je n’ai jamais osé lui parler se son statut d’hérésie statistique.

    La médecine est un bazar absolu.

    D’abord, ne pas être aigri. La vie est courte. Médecin ou pas, il n’y a pas de deuxième saison. Passer une vie à ruminer est un choix, mais, je doute que quelconque mammifère aime le vinaigre à tous les repas.
    Un médecin à l’oeil joyeux est peut-être moins dangereux que le front plombé.
    Le SFB (syndrome du front plombé) est une pathologie qui décime les blouses blanches: suffisance, goût morbide pour les anecdotes atroces ressassées à épuisement, théâtralisme du port du stéthoscope, incapacité du sujet à parler d’autre chose que de sa vie en blouse.
    Le malade est celui qui est en face, pas nous. Ne travaille pas à le devenir. On le sera bien assez tôt, peut-être dans une heure.
    Aimer, courir, vivre.
    Aimons la vie pour prétendre l’insuffler.

    Ensuite, les patients ont besoin de médecins compétents, prudents, calmes et consciencieux.
    Il faut travailler (beaucoup) sans se laisser impressionner par les grands becs qui méprisent la bleusaille.
    On rappelle qu’une invitation calme à aller discuter dehors fait statistiquement baisser d’un ton les énervés les plus déterminés en apparence. Au final, des égos, de gros égos, de pauvres égos, des pas si terribles égos, des égos qui souffrent.

    Auparavant, quand un patient que j’affectionnais mourait, je filais m’acheter une Pléiade.
    J’en ai une belle collection et je suis loin de les avoir tous lus.
    Je n’achète plus de Pléaide.

    Je me rappelle pourtant de tous les yeux que j’ai vu se fermer une dernière fois. Ils me fixent parfois au coeur de mes nuits noires, particulièrement une dame qui se vida sur moi de son sang rubis par des varices oesophagiennes rompues en me fixant de sa terreur pleine de question et panique. A chacun ses nuits tantôt blanches, tantôt noires.

    Bon courage.

    Désolé pour les fautes de frappes et la longueur probable. Il est tard, je n’ai pas relu.

  8. JeeP dit :

    Bonjour,
    Je ne connaissais pas ton blog.
    Joli billet. Je suis un peu plus vieux que toi. On s’est poser la question il y a quelques mois du ressenti des externes devant les problèmes rencontres en stage. Parce que les médecins ou les internes, ils débriefent, après la visite, le soir, à un moment où il y a moins de monde, en poker petit comité. Mais les externes, ils partent à midi, avec leurs angoisses.

  9. Lunesoleil dit :

    bonsoir,

    Certainement il faut être fort pour supporté ce que vous avez vécu en étudiant de médecine, c’est le métier qui rentre comme on dit… C’est lui qui vous teste pour voir si vous être capable de continuer, mais aussi c’est aussi pour vous forger intérieurement, pour être plus fort encore face a des coups durs, parce qu’il y en aura d’autres…

    Le fait de savoir ce qui est arrivé a cette gamine aurait peut-être pu vous soulager ou libérer ? ; la mort nous rattrape par n’importe quel moyen , un jour où l’autre elle arrive vous ne croyez pas?

    Croyez vous que l’on peut sauver une vie quand son moment est arriver de quitter ce monde ? , es-ce que la médecine est assez puissante pour retenir une vie qui décidé de partir?

    Devriez vous vous poser les bonnes questions?, au sens réel de la vie de l’homme sur cette planète terre….

    Merci pour ce témoignage et bon dimanche

  10. kkoan dit :

    Si vous partez du fait que ressentir et sentir ce qui se passe en soi est juste et permet de se comprendre soi-même afin d’être plus ancré dans le réel – vous avez gagné.
    Qui à dit que pleurer était anormal ? Est-ce que sur la pratique de la médecine – sur la relation avec les « patients » : sans parenthèses patient implique le fait d’attendre d’être dans l’attente du diagnostic ou de se remettre totalement à ce que peut renvoyer un médecin. Donc est-ce que votre propre vision de la médecine et de ce qui se passe dans le contexte ou vous venez d’expérimenter ce que vous livrez pourrait interroger la pratique de la chirurgie et des liens entre les personnes soignées et les médecins ? Est-ce que justement le contexte dans lequel les soins sont réalisés – par rapport à ce que vous en connaissez ne pourrait pas être éclairé de votre propre questionnement ? A partir de votre expérience qui parle par exemple des possibles erreurs de diagnostics mais aussi du contexte des interventions chirurgicales. J’ai connu quelqu’un qui à fait du recueil de données dans un hôpital parisien et pendant l’opération sous anesthésie générale – s’est trouvé seul avec le chirurgien – qui n’ayant plus de collaborateurs pendant l’intervention lui à demandé de lui donner un instrument chirurgical pour poursuivre l’intervention alors que tous les assistants étaient partis. Ce qui a été refusé.
    L’engagement et les interrogations que vous avez sont à l’opposé d’une simple formalité temporelle où l’on fait semblant de prendre du temps pour répondre au contexte de travail est bonne – juste et vraie. Le sens de vos interrogations est justement et certainement très favorable pour vous-même mais encore pour les autres. En quoi – pourquoi et comment un diagnostic à t-il pu vous échapper ? Étudier cela permet de comprendre autrement et d’ouvrir sur un autre éclairage. Explorer les liens et questionner le contexte et l’intervention elle-même autour de celui ou celle venu se faire soigner et de ce qui peut être perçu – ressenti – évoqué par vous même ici est un point de départ riche en développement de votre perception déjà fine et essentielle.
    http://www.esf-editeur.fr/detail/215/techniques-de-questionnement–les-.html

  11. nfkb (@nfkb) dit :

    Tu n’es pas seul.

    On vit les mêmes joies et les mêmes peines dans ce métier.

    J’abonde dans me même sens que nos camarades : parler, débriefer, expliquer ça aide.

    J’ai vécu comme toi des situations très traumatisantes, on ne m’a pas toujours aidé. Aujourd’hui j’espère savoir les repérer pour briser le silence.

  12. Docmam dit :

    Pour répondre à Spycho : non, y’a rien qui est fait dans nos études ou à l’hôpital pour nous permettre d’en parler, à part croiser par hasard un interne ou un chef qui nous demande si on a besoin d’en parler; mais personnellement j’en ai jamais rencontré.

    Alors on pleure dans les toilettes, ou des fois vite fait dans sa chambre d’internat après la journée.

    Ecrire m’a fait du bien, j’ai même posté quelques une de mes situations les plus difficiles sur mon blog; mais avec chaque fois la même question : comment on fait pour faire comme si il ne s’était rien passé ?
    Je crois que masquer notre souffrance et la nier, faire comme si on était fort et qu’on savait gérer ça tout seul c’est pas une bonne idée.

    Une fois interne, j’ai envoyé ma chef discuter avec l’externe, parce que j’avais bien vu qu’elle était prostrée et qu’elle disait plus rien depuis qu’on avait décroché ce pendu sous les yeux de sa femme en pleurs.

    Et une autre fois, j’ai demandé à la psychologue de l’équipe de soins palliatifs de venir voir les infirmières, parce que non c’est pas facile de voir mourir des patients qu’on connaît et qu’on suit depuis des années, et de prendre en plus la colère et le désespoir de la famille.

    On n’a pas à rester tout seul.

    • babydoc dit :

      J’en ai rencontré une, d’externe prostrée et silencieuse , agrippée à un scope inutile, devant un pendu et sa femme en larmes. C’était moi. Et ce jour-là, c’est l’ambulancier du SAMU qui a su repérer ma détresse, me mettre une main sur l’épaule en me demandant si ça va et me surveiller du coin de l’oeil. Et c’est lui qui m’a retenue, après, pour en parler un peu avant que je ne retrouve la solitude de la chambre de garde. Je ne sais pas s’il a jamais su comme ça m’a aidée. Pour une petite externe, parler avec lui était bien plus facile qu’avec le sénior-qui-fait-toujours-un-peu-peur…
      Merci de mettre des mots sur ce sentiment confus qui me rend souvent visite depuis le début de mon externat… On se sent moins seul de savoir que l’on est pas la seule à se sentir seule.

  13. Beruthiel dit :

    Bonsoir,
    Ton post me touche beaucoup, je pense en effet qu’on doit tous être touchés par des situations vécues en stage. J’ai toujours trouvé très brutal cette hypocrisie qui veut que les médecins n’ont pas le droit de se plaindre, même étudiants il faut toujours être solide et ne pas montrer ce qu’on ressent. j’ai même eu un stage de cancéro où avec 3 décès par semaine en moyenne, on nous a dit en passant « si vous avez des soucis avec ça, il faut en parler, hein », tout en espérant que surtout on ne le fasse pas.
    Notre apprentissage à l’hôpital se fait beaucoup par compagnonnage, mais on n’est absolument pas soutenus pour nos ressentis, d’où l’importance d’avoir des trucs personnels pour éviter le burn out par la suite.
    ça fait du bien de te lire en tout cas, car parfois on a vraiment l’impression qu’on est le/la seul(e) à ressentir des émotions telles que celles que tu décris.
    Bon courage!

  14. L’un des dangers de mon métier était d’être « une éponge » pour les malheurs des gens, on se blinde un peu mais on ne s’habitue jamais. Cette solitude que vous décrivez, je crois qu’elle est inhérente à l’être humain.
    Merci pour votre bel article, qui nous aide tous, dans notre solitude…

  15. Les fantasmes de Clothilde B dit :

    Désolée pour cette solitude, mais s’il n’y avait pas des gens comme toi, qui font des études en médecine, puis deviennent médecins, qui se donnent à fond pour sauver des vies, et bien justement aucune vie ne serait sauvée. J’ai été malade, enfant, on m’a opérée plusieurs fois, grâce à cela je peux marcher.

    Merci aux médecins, aux infirmières, à tout le corps médical d’avoir le courage de souffrir pour que d’autres souffrent moins.

    Bravo pour ton travail, tiens bon. Si tu as choisi cette voie, il y a une raison… l’avenir te le prouvera.

    Clothilde B.

  16. […] Dernièrement j’ai lu deux notes qui m’ont ému, décontenancé puis terrifié (billet de @DeBakey principalement, mais également de@spykologue). Terrifié, c’est le mot. Les larmes aux yeux […]

  17. Toutetrien.fr dit :

    J’allais justement répondre à ton billet par un petit commentaire, mais je vois que tu (ou quelqu’un) a laissé une trace de la réponse que j’ai fait sur mon site via le commentaire au dessus (http://toutetrien.fr/bien-seuls/)
    Je ne suis pas médecin, je ne suis pas dans le milieu médical, ou du moins juste par procuration… J’en ai lu des articles qui m’ont remués, des articles qui m’ont fait me dire que les médecins et assimilés sont des gens vraiment extraordinaires, mais celui là, m’a fait beaucoup réfléchir. L’envers du décor, Et là, j’ai pensé à celui qui accompagne ma vie. Vit il ce genre de moments que tu as vécu, surement. Se protège t’il, surement. Suffisamment ? Est ce seulement possible ?
    Tu fais un beau métier, difficile mais beau. j’espère qu’il t’apportera autant que tu lui donnes, même si je n’en doute pas. Bon courage pour la suite, et encore merci pour ce billet superbe et émouvant.

  18. OuldC dit :

    C’est un tweet de Fanette__ qui m’a conduit à ton billet. Je suis ingénieur à la retraite et j’ai compris très tôt que médecin n’est pas un métier ordinaire.
    Tu as reçu beaucoup de commentaires, la plupart de tes camarades d’études ou de futurs confrères.
    J’ai eu le sentiment qu’ils ont exprimé ‘l’extrême difficulté’ de votre métier mieux qu’un non-mèdecin comme moi ne saura jamais le faire.
    Il m’arrivait jusqu’ici de charrier un peu votre profession sur Tweeter; après t’avoir lu j’ai l’impression que je n’oserais plus !
    Courage!

  19. Au risque d’être le « commentaire retardataire » … tant pis.

    C’est vrai que parfois, imiter la chasse d’eau des WC, c’est inévitable. On a beau avoir inventé de belles plomberies pour ce rôle là, c’est plus fort que nous. C’est vraiment pas facile de voir untel ou unetelle souffrir en silence … ou à grand renfort de bruit. Et quand on commence, on se sent terriblement présent, terriblement inutile, terriblement terrifié. A part distribuer des gants, que peut-on contre la maladie quand on commence à peine à la reconnaître ?

    Avec tous ces conseils, avec cet article, avec le temps, j’espère que tu as pu cicatriser un peu. Même si j’imagine que la marque sur la peau de ton âme sera indélébile. Comme pour tout (futurs) soignant.

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