Monsieur le doyen, cher maître.

Un billet de mon ancien blog

Monsieur le Doyen, cher Maître,

Malgré le courant de pensée actuelle, j’ai toujours prôné la présence en cours, qu’il soit de plus ou moins bonne qualité, plus ou moins dans l’axe que l’ECN nous impose, même si, j’en conviens, aucune connaissance n’est superflue. Que nous les préparions ou non, une écoute attentive et une participation active étant la base de l’enseignement.

J’ai toujours prôné la présence en stage, accompagnée bien sur, de bonne volonté, de curiosité, de dynamisme, voire même d’autonomie partielle.

J’en ai appris des choses. Je ne suis qu’au début de ma formation, et pourtant, j’en sais 10 fois plus que l’année dernière et 100 fois plus qu’il y a deux ans. En endocrinologie, j’ai appris énormément sur l’interrogatoire, sur les complications du diabète, sur l’attitude d’écoute et d’empathie. En gynécologie, j’ai appris à être méthodique dans la prise en charge. En rhumatologie, j’ai appris l’examen ortho-rhumato et neurologique, et tous les différents traitements de la douleur. En chirurgie oncologique, j’ai appris à me comporter dans un bloc, à instrumenter de manière plus ou moins efficace.

Cette année est celle de ma D4, celle qui va m’aiguiller dans ma carrière, celle des fameux ECN. Quoi qu’on puisse en dire, ce sont les ECN qui vont me permettre de réaliser mon rêve, de m’épanouir. Quoi de pire qu’un médecin généraliste qui l’est par défaut. Pour que nous puissions réviser au maximum cet “examen” nous avons nos après-midi libérées, en échange de quoi, nous devons être présents en stage tous les matins.

Notre programme est complété de conférences hebdomadaires, qui sont comme des concours blancs. La fac “organise” des conférences tous les mardi de 19h à 23h, et, de plus, je participe à des conférences privées, tous les samedi de 15h à 20h, qui me coûteront moins de 1000 euros l’année.

Votre nouvelle politique, est de poursuivre l’ascension de la faculté dans le classement inter-fac établi, arbitrairement, par exemple, par la proportion des étudiants classés parmi les 1000 premiers. On pourrait avoir du mal à y croire, mais c’est ce que vous voulez.

Mais je pense que si vous ne réagissez pas sur ce qu’il se passe au CHU, je ne ferai pas remonter le niveau de la faculté : j’ai commencé mon année par ce stage en chirurgie pédiatrique. J’en ai appris des choses. Je n’ai certainement pas appris à examiner un enfant, encore moins un nouveau-né. Je n’ai pas appris la prise en charge d’une pathologie pédiatrique ni les indications des examens complémentaires. Je n’ai pas appris l’empathie et l’éducation des parents, le message à leur faire passer, puisqu’en pédiatrie, il n’y a pas qu’un patient, il y en a 3 si on rajoute papa et maman.

J’ai appris d’autres choses.

Oui, j’ai appris à être soumis et à obéir. J’ai appris à fermer ma gueule. J’ai appris à encaisser les remarques et les insultes inappropriées et injustifiées. J’ai appris à attendre que le programme soit fini pour pouvoir partir et manger, même si parfois c’est après 15h, et que le RU est fermé. J’ai appris que se faire engueuler était visiblement quelque chose de “pédagogique”. J’ai appris que j’étais la sous-merde de l’hôpital. J’ai appris que je devais faire toutes les tâches ingrates sous le prétexte que “c’est formateur”.

J’ai appris à manger en 15 minutes pour me remettre à bosser à la BU après 8 heures au bloc. J’ai appris à gérer mes émotions, et que mes sentiments d’infériorité et de soumission n’affectent pas mon travail, ni au bloc, ni à la BU. J’ai appris à accepter de revenir le jeudi après-midi pour préparer le staff du vendredi après-midi, auquel je dois aller bien sur, mais aussi faire une présentation sur un sujet hyper-spécialisé, et donc, pas ECN. J’ai appris à accepter les remarques des chefs et des internes, qui doivent trouver que nous ne sommes pas assez présents.

J’ai appris à ne dormir plus que 7 heures, puis 6 heures par nuit pour pouvoir, au mieux finir mon programme, au pire ne pas être en retard sur les autres. J’ai appris à contrôler mes pulsions suicidaires en sortant des blocs d’ortho. J’ai appris à travailler au lit. J’ai appris à me réveiller vers 5h30-6h pour bosser un peu avant le bloc.

J’ai appris à ne pas détester les autres D4 qui ne vont pas en stage et qui sont à la BU depuis 8h, tous les jours. A ne pas détester ceux qui se plaignent de leur stage puisque je le fais constamment. A ne pas détester ceux qui sont meilleurs en conf, puisqu’ils le méritent. J’ai appris à ne pas détester les D2 et les D3 dans mon service, puisqu’ils endurent la même chose que moi.

Vraiment, j’ai appris des trucs. Elles ne me serviront certainement pas pour les ECN.

Veuillez accepter, monsieur, mon respect le plus profond.

MDB.

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Ma décision est prise.

Je reblog un article posté sur mon tumblr, parce que je l’aime bien finalement, et puis pour que vous puissiez comprendre où j’en suis.

Dimanche, 18h12. J’appelle ma mère, les corrigés du concours blanc rayés de rouge, sur mon bureau devant moi.

J’ai fait quelque chose qu’il ne fallait pas. Un aller sans retour, quelque chose d’irréversible et de non soulageable, une culpabilité longue et douloureuse.

J’ai baissé les bras. Depuis un mois, je ne travaille que moyennement. Le problème, c’est toujours le même : la lente et longue mais incessante dérive inatteignable, le réveil lucide trop tardif.

J’ai arrêté les cas clinique mi-décembre pour finir de voir une fois tous les items avant le concours blanc, et avant le CSCT (certificat de synthèse clinique et thérapeutique, mon dernier examen avant les ECN, l’examen qui me permet de valider ma D4). Je me suis contenter de lire mes fiches d’items, “simplement”. Trop de retard. Trop de panique. Je me laisse porter par les vacances de Noël. Je passe le temps, reprends la guitare, twitte trop, me réinscris sur facebook, baise à tout va…

J’ai tellement honte de ma note à ce concours blanc Hippocrate. Des PMZ dans tous les coins, des zéros à des questions FACILES. L’impression d’avoir un peu réussi, mais en fait pas du tout. De toute façon, je riais devant mes sujets tellement j’avais l’impression d’être mauvais. J’étais ridicule. Dérisoire. C’est normal de ne pas s’en sortir au premier concours blanc. Ca l’est moins au deuxième. Inavouablement pire.

Je n’ai pas pleuré pas au téléphone, ni après. Je suis un mec, bordel. Il me reste à présent 10 jours pour réfléchir. Peser les pour, les contre. 20 ou 72 semaines de révisions. Tenir jusqu’au bout ou non. En fait, ma décision est prise. Largement.

Et depuis, ça va beaucoup mieux.

Depuis, je m’y suis remis à fond. Je travaille sans pression, je maintiens mon rythme à 10 cas cliniques par jour, de début d’année. Heureux d’aller en stage. Rien à foutre de voir ces notes minables aux dossiers.

Je ne sais pas qui ou quoi accuser. Moi, en premier. Mon stage en chirurgie pédiatrique, peut-être. Mes lacunes passées, sûrement.

Vendredi, 00h26. Le cap n’est pas officiellement franchi, mais il l’est dans ma tête. Je redouble ma D4.

J’ai découvert Clock Opera dans la compilation 10 du label Kitsune. C’est sur l’excellent blog des B-sides que j’ai pu regarder le clip, qui est vraiment pas mal.
Clock Opera – Once and for all.

C’est la rentrée.

Aujourd’hui l’atmosphère a changé.
Plus de monde dans le tramway de 7h30, plus de monde dans les couloirs de l’hôpital, la nouvelle externe de garde en gynéco qui arrive complètement perdue, le ménage à la corpo, l’employée (steph) qui est revenue, les P2-L2 qui apprennent à se laver les mains, la BU fermé les premiers lundi du mois, et que tout le monde oublie.

C’est la première fois que j’ai des rattrapages -du moins auxquels je vais-. Cette impression d’entre-deux-eaux est très angoissante. C’est la rentrée, les P2 sont en P2, l’employée restera encore un an et les futurs D4 sont enfin (ou déjà) en D4. Moi j’en sais rien.

J’essaie de voir ma vie de redoublant D3 et ça ne me plaît pas.

Bon, je retourne me noyer dans la jurisprudence. Exams à 14h.