Je n’aime pas l’IAO de garde.

J’étais de garde cette nuit aux urgences (garde très tranquille, j’ai bien dormi merci).

Nous chez nous, on a ce qu’on appelle une IAO (infirmière d’accueil et d’orientation), un petit personnage fort utile, qui sert à accueillir le patient, lui prend ses constantes, l’interroge rapidement sur ses antécédents et son traitement (ce qui donne, dans les antécédents : « choléstérole, appendicite » et « ttt pour l’hippo-phise », avec comme motif d’admission « douleur thoracique » alors que c’est anémie à 8g. Bref. Du bon boulot).

Hier soir donc, la découverte d’anémie est envoyée par le médecin traitant. Et elle a mal dans la poitrine. L’IAO vient me voir et me dit « douleur thoracique faudra lui faire un ECG ». Très bien. Comme je suis un ignorant petit externe inutile, la clinique ou le motif d’admission ou même la dernière bio de la patiente ne m’intéresse certainement pas. Je suis là pour faire les ECG et les gaz du sang. Et BRANCARDER. Et je suis tellement naze que j’aurais jamais pensé à faire un ECG à une douleur tho. MERCI IAO.

Je vais voir Mme M donc, 69a, un antécédent particulier qui ne m’aide pas, et retrouve la dernière bio dans ces affaires, qui date d’il y a une semaine. Elle est suivie en néphro visiblement puisqu’elle a des rdv, et puis sa clairance est à 13… Une anémie, qui plus est normochrome et normocytaire paraît normale dans ce contexte d’IRCT mais bon. La dernière hb à 8,5 il y a un mois.

Je recherche différents points d’appel infectieux, des signes d’hémorragie extériorisée, rien, à part des crépitants en base gauche et de légers OMI. Elle souffle à tous les foyers, c’est fort et systolique, probablement une IM fonctionnelle sur son anémie. Bon bah c’est tout, je prescris un bilan de base et un bilan infectieux, l’ECG, et une voie d’abord (je ne peux faire que ça en tant qu’externe, je dois attendre l’interne ou le chef pour le bilan martial ou le groupage par exemple. Et pour les traitements).

En allumant l’ordinateur pour écrire l’observation, je découvre les constantes prises par l’IAO : saturation à 90%, tension artérielle à 20/12 entre autres. Donc on laisse traîner la patiente à 90 de sat sans rien dire à personne.

Je cours pour lui reprendre sa sat, elle était pas dyspnéique, pas cyanosée, juste les crépitants à l’auscultation. Sat à 80%. Je la scope, cours chercher un masque et un manomètre, dois la mettre sous 5L d’O2 pour qu’elle ne « normalise » qu’à 93-94%. Je revérifie la PA, 19/8, refais rapidement le point sur l’HTA, pas de signe de complications (ouf !). Et fais les gaz du sang, et l’ECG (bah oui quand même !).

Sur la main courante, aucun médecin n’a encore inscrit ses initiales. L’interne ne veut pas la voir elle s’en va dans une demi-heure (ma garde commence à 13h, celle des internes à 18h). La PH me répond : « OK t’as bien fait ». Point. Pas grave, je surveille le scope, et dès que les internes de garde arrivent, je leur saute dessus. Finalement on a pu gérer l’histoire avec l’interne de pneumo, très sympa.

OK, j’ai paniqué sur le moment, parce que je gérais seul, pour la première fois, un patient pas stable. OK, j’aurai du demander à l’IAO les constantes de la patiente, et j’aurai dû les reprendre malgré tout, en connaissant l’anémie. Je n’y ai pas pensé, mais vraiment pas.

Mais être IAO ne se résume pas à prendre les constantes et à considérer les externes comme des machines à ECG. Je préfère prendre moi-même les constantes de ma patiente, et laisser madame antécédents-de-« sueures-froides » brancarder.

Nous sommes tous les deux fautifs. Mais moi je suis étudiant.

Keep cool, and see you.

Quel interne serai-je ?

Puisque je suis dans mon lit en train de me réveiller doucement en écoutant de l’électro, et en vagabondant sur e-carabin, autant faire un article. L’idée m’est venue d’e-carabin.

J’ai un premier contact un peu froid et assez cynique, mais quand on me connaît un peu mieux, j’arrive parfois à faire sourire. Être interne, ce n’est « que » dans un an ou deux si je redouble, j’aurai tout le loisir de changer d’ici là, mais j’ai déjà une opinion de ce que je ferai/dirai actuellement.

Je pensais en D2 qu’être un bon externe, c’était un externe « kelly » (du nom d’une super co-externe de rhumato, qui a été, et est toujours mon modèle). C’est le genre d’externe jamais assis, toujours à courir partout, à être le premier motivé, pour faire ça et faire ci, avoir fait tout ce que l’interne avait dit de faire très vite (et très bien). J’en suis un peu sorti, ce type de comportement est, soit, très honorable, mais reste trop cantonné au rôle de base de l’externe.

Personnellement, j’aime quand l’interne/le chef me demande une chose et que je lui dit « déjà fait ». On a la chance d’avoir un service d’urgences où, si on se donne les moyens, l’externe est assez libre de plus ou moins prendre en charge le patient, et de prescrire deux-trois trucs sous couvert d’un chef bien sur. Voilà pourquoi, malgré mon côté chirurgical, je préfère les urgences med. Plus de réflexion sur le patient, plus de libertés dans les examens complémentaires (pour moi en tout cas). Et, franchement, le petit sentiment de fierté quand l’interne dit : « tu lui feras des gaz du sang » et que tu lui dis « je les ai déjà faits, plus qu’à les envoyer ».

J’aime bien quand l’interne me propose de participer à la prise en charge du patient. « tu lui ferais quoi à ce patient ? tu lui donnerais quoi ? », et puis de toutes manières, s’il oublie ou n’y pense pas, je pose de fausses questions type « elle a déjà eu un CLU cette patiente ? Non parce qu’elle a quand même un faciès cushingoïde, des vergetures pourpres et une amyotrophie ? ». Bon, ok, très rarement l’interne me dit « OHHH TROP BONNE IDEE ». Mais parfois j’ai droit à un « ah ouais, j’avais oublié ça ».

Et comme tout externe, je déteste les tours de tensions, les ECG, et partir après 18h01. En relisant, je me dis que je dois vraiment être l’externe chiant « pourquoi on fait ça ? pourquoi pas ça ? l’hypokaliémie ça peut pas être du à ça ou à ia ? elle a déjà eu un iono U ? ».

Bref, tout ça pour dire que quand je serai grand, interne, si mon externe est motivé, j’essaierai de l’impliquer, dans la mesure du possible, dans la prise en charge du patient. OK, on doit tous se dire ça quand on est externe et maltraités, et après on a une tonne de boulot alors ça change.

Évidement, mes externes n’échapperont pas aux ECG/bons/tours de tensions, parce que faut pas déconner quand même, si je me les tape en étant externe, je me les taperai pas en étant interne.

Et puis de toutes manières, je sais que les externes pas motivés ne m’intéresseront pas. Rien n’est plus horipilant que de parler à un mur/tronc d’arbre. De voir l’externe de D2 réviser sur son ECN+ (la collection qui est en train de renverser les inter mémos), au fond de l’aquarium, alors que le chef demande de faire un ECG en urgence à son patient, et que lui ne bronche pas. Ou qu’il te dit « ça y est on peut couper là ?? ça y est ? ça y est ? ». Ces personnes-là, qui ont fait médecine pour je ne sais pas quoi, vraiment, ne valent pas la peine de brasser du vent pour que tout leur tombe tout cuit dans le bec.

En garde, j’avais une petite D2 (ouais je me la pète à mort) qui était à sa deuxième garde, toute mignonne, un peu stressée, à qui j’avais refait un cours rapide sur l’ECG. Bon, la pauvre, j’avais passé toute la garde à l’appeler Sarah alors qu’elle s’appelait Marie, ou vice-versa, je ne sais plus. De même, ma première garde en D3, et donc la première garde d’une D2, Marie elle aussi, j’avais essayé d’être le plus patient et indulgent possible (c’est quelque chose d’assez difficile pour moi), parce que j’ai le souvenir de ma première garde, qui s’était très mal passée pour moi, parce que personne ne m’avait rien expliqué du tout. Si ça pouvait ne pas se reproduire, ce serait cool.

J’aime quand on me dit que j’ai déjà le caractère du chirurgien, ou que je ferais un interne horrible, c’est un personnage que j’aime bien, évidement, mais j’ai toujours aimé enseigner. On ne devient pas pédagogue, je pense qu’on l’est. Et même, dans toutes les facettes de la vie, pour expliquer quelquechose à quelqu’un, il faut le petit plus qui va faire que ton explication sera concrète et intelligible.

Bref, j’en serai pas moins un interne sec et méchant hein. Faut pas vous inquiéter pour ça.

Je vais aller taffer un peu à la BU cet après-midi (ou à la médiathèque), et ce soir je vais à l’avant-première d’Harry Potter, à minuit. HAHAHAHA VOUS ETES DEG, bisous @Fanny3points14 et @Pouscita ! Mais gardez bien en tête que je déteste les vacances, j’ai hâte de recommencer mon stage. J’ai même repris une garde mercredi. Bon OK, c’est avec l’interne qui prend des positions bizarres, je m’en fous, je suis trop content de la revoir !! HAHA.

Bisous à tous, lâchez rien.

Ne jamais s’attacher.

Ca se passe pendant une garde en chir, en février. Mme O. est annoncée par l’IAO (infirmière d’accueil et d’orientation) comme hématémèse. « Elle n’est vraiment pas bien, ce serait bien que tu ailles la voir vite ».

Mme O est en sueurs, mais elle parvient à me dire calmement qu’elle est VIH+, elle a apporté toutes ses ordonnances, connaît son traitement et sa maladie parfaitement bien. Elle est régulièrement suivie, « mais n’a jamais été hospitalisée en maladies infectieuses, touchons du bois ! » dit-elle, presque avec humour.

Elle vomit depuis avant-hier. Bon ce sont plutôt des saignements en fin de vomissement qui strient les aliments pré-digérés.

Après quelques questions, elle me dit qu’elle est venue il y a 3 jours aux urgences pour des cervicalgies. Pas d’imagerie, repartie avec des antalgiques et des MYOLASTAN (r). Je lui demande si ça va mieux, si les médicaments ont agit. « Non, ça ne va pas mieux du tout, maintenant j’ai aussi mal à la tête. D’ailleurs peut-être c’est ça qui me fait vomir. » Je lui ai répondu un truc du genre « j’espère pas. »

Après le boulot d’externe (antécédents, traitement, suivi, allergies, pression artérielle, fréquence cardiaque, saturation, qui étaient bonnes), je commence l’examen clinique. Merde, une raideur nucale. Je vais chercher le thermomètre, et en partant j’éteins la lumière de la chambre, « ça va mieux dans le noir ? » « oui docteur, d’ailleurs je reste dans le noir chez moi ». OK. Je reviens : 39°. OK. Donc mon hématémèse, c’est plutôt un syndrome méningé fébrile chez une immuno-déprimée. Je finis l’examen clinique, vérifiant mille fois tous les plis et replis de la peau à la recherche de purpura, tout en essayant de garder mon calme, pour moi, mais aussi pour ma patiente, qui commence à paniquer, vu que je commence à m’attarder.

Je prescris la bio, les hémocultures, la BU/ECBU, le scanner cérébral (peux pas prescrire la ponction lombaire, j’ai pas le droit). Comme il y a 10 patients derrière elle qui n’ont pas encore vus les chefs, j’en intercepte un pour lui expliquer la situation. Je soudoie l’infirmière pour qu’elle vienne faire le bilan d’abord à elle. Le téléphone sonne. C’est le scanner, on peut la faire descendre. Aucun brancardier à l’horizon, « bah c’est l’heure de leur pause là ».

Comme ça m’énerve de les attendre, je prends le brancard de Mme O, et je l’emmène au scanner tout seul. Sur le chemin on parle. Elle me raconte son suivi en dermato, puis en maladie infectieuse, qu’elle a contracté la maladie suite à une transfusion en Afrique. Je lui demande comment ça se passe dans la tête, le moral. Ca va moyen, elle n’aime pas trop la nouvelle médecin qui la suit. Elle a peur d’être hospitalisée. Je reste avec elle derrière la vitre du scanner. J’en profite pour regarder les images. Rien d’ « anatomique » en tout cas. Je sais pas ce que j’aurais préféré.

Je la remonte et je lui explique la PL. Elle a déjà été aide-soignante, alors elle connaît. C’est l’interne (grrr) qui fait la PL. Mme O est complètement paniquée, alors, tant pis, j’en ai vu mille des PL et j’en ai déjà fait, je vais devant lui prendre la main. On parle de tout et de rien, elle a arrêté d’être aide-soignante car elle avait peur de transmettre sa maladie. Elle veut continuer à travailler dans le social, c’est ça qui lui plaît. Elle a enchaîné plusieurs boulots, mais c’est difficile en ce moment. Pourtant elle est très observante, elle n’a raté aucune consultation chez la médecin spécialisée, même si elle ne l’aime pas trop.

Mon interne lui trouve une place. En maladies infectieuses. Bien sur, c’est mieux pour elle, les infectios de cette unité sont spécialisés VIH en plus. Mais bon c’est un tournant dans l’histoire de la patiente. Mon interne va lui annoncer. Mme O ne veut pas être hospitalisée. Je retourne la voir. Je lui explique. Je négocie. Ca va mieux. Je la laisse réfléchir et mûrir la proposition.

Je vais voir d’autres patients en attendant.

Entre deux patients, je vois les brancardiers sortir son brancard de sa chambre. Elle a finalement accepté. J’ai tenu à lui dire aurevoir, lui souhaiter les meilleures choses du monde. Elle voulait que je reste avec elle je lui ai dit que ce n’était pas possible, il y avait d’autres patients à voir. Mais qu’elle allait voir d’autres médecins qui s’occuperont d’elle encore mieux que nous, aux urgences.

Je voulais aller la voir en maladies inf le lendemain. Et là je me suis dit : non. Cette relation dépassait complètement l’empathie. Si mme O mourait ou s’aggravait, cela aurait influé sur mon travail en stage, sur mon moral et sur mon travail de bouffeur d’items. Je m’attachais trop à cette patiente, et c’était pas bon. La relation médecin-malade pour moi, c’est pas ça. C’est moins que ça.

Avec le temps, je me dis que je n’ai pas du tout été professionnel. J’ai même été délétère pour la patiente à être trop humain avec elle.

Je n’ai jamais été très humain, très proche des patients, je n’ai jamais été plus affecté que ça par la mort d’un de mes patients. Mais là, j’ai du me poser des limites. Je suis retourné le lendemain en stage, sans en parler trop, sans chercher à avoir de nouvelles, je n’en ai toujours pas d’ailleurs, je ne sais pas ce qu’elle est devenue.

Ne pas s’attacher. Bah en fait c’est difficile. On voudrait faire n’importe quoi pour ses patients à qui il arrive les choses injustement, se battre pour eux et avec eux.

Je vous mets une chanson sympa qui colle bien, un mélange de nostalgie et d’impuissance. Bonne écoute. Et chialez pas !

Les externes c’est tous des glandeurs.

Je me suis couché à 23h hier alors forcément, à cette heure là je pète la forme.

Pour comprendre un peu ce que je vais vous dire, il faut que je vous explique comment la fac de ma ville fonctionne. On alterne 6 semaines de stage et 6 semaines de cours. En gros. A la fin des 6 semaines de cours on passe l’examen en rapport avec les cours.

En d2 on a 4 stages et 3 périodes de cours (+ 1 période de vacances), en d3, la même chose, et en d4 on passe à mi temps, les cours du module 11, l’après-midi.

Du coup on est à temps complet pendant les stages (8h-18h). Et comme partout, on peut parfois quitter à 16h, 17h, 18, 19, voire 20h de stage selon le boulot à faire. Idem pour l’heure d’arrivée. Le mercredi après-midi, pas de stage car cours de module optionnel. Les périodes font alterner d2 et d3 en stage.

Par exemple, mon dernier stage (gériatrie), j’arrivais 1/2h avant l’interne, à 8h, pour avoir le temps de : faire mon tour de tensions, réussir à chopper les dossiers de soins pour les recopier, recopier les prescriptions, recopier les bios sur le dossier médical et +/- relire les dossiers des patients. Et prendre mon double expresso au relay. Mon interne arrivait à 8h30, participait aux transmissions et visite tous les deux +/- le chef à 9h. Je ne partais jamais avant 18h. J’ai eu 10 patients la première semaine puis 7 ensuite (co-externe en vacances). Le soir après 18h j’allais à la BU jusqu’à 22, l’heure de sa fermeture, ou alors j’avais sous-colle avec Isa.

Alors franchement, qu’on traite les externes de glandeurs ça a le don de m’énerver. Parce que t’as pas de repos de garde (et on ne les aura jamais, et je veux bien comprendre), mais je suis forcément moins opérationnel le jeudi de 8 à 19h après le stage de 8 à 13h le mercredi, la garde de 13 à 2h du matin, réveillé 7h… Parce que quand t’es heureux de quitter à 17h30 au lieu de 18h, c’est pour commencer ta 2e journée à la BU. Parce que, quand t’es en d2 surtout, que t’es en stage en néphro alors que tu n’en as jamais fait, le soir tu fais de la néphro à la BU (si t’as le courage parce que les journées de néphro sont longues). Et tu vas peut-être moins bosser ta cardio/pneumo/gastro, alors que tu sais très bien que tu n’auras que 5 semaines de cours pour les apprendre (car oui il faut passer les exams plus tôt la fac ferme pendant la semaine de vacances).

Quand tu poses une semaine de vacances en stage, et que tous les gros cons te demandent « haa tu pars où en vacances? »‘, t’as envie de leur répondre : à la BU.

Et puis tous les petits trucs du style : « c’est comme à la maternelle, les externes ils vont pas en stage le mercredi après-midi », « de mon temps les externes ils restaient toute la nuit alors vous n’allez pas vous coucher maintenant », « tu pourras ranger les bios j’ai pas le temps le faire » (secrétaire, 9h-17h) « tu pourras délester le dossier, j’ai pas le temps » « rapporte le holter ecg » « y a pas de garçons dispos pour emmener monsieur machin en radio fais le » « va chercher le dossier de madame truc en endocrino, 6e étage de l’hôpital d’en face » « va chercher de quoi faire un test viro dans les labos » « quand tu prends un rdv pour un patient tu dois appeler les garçons »… On a même eu droit à « faites vos gaz du sang en même temps les externes on va pas se taper mille aller-retours ».

Ok, on est là pour apprendre, et je suis le premier partant et motivé pour ça, j’aime aller voir mes patients puis essayer d’élaborer des hypothèses diagnostiques en fonction de mon observation et d’avoir un début de conduite à tenir dans ma tête, j’aime mettre des mots dans les dossiers des patients et faire une synthèse toutes les semaines, à la limite recopier les bios ça passe parce que ça te force à les regarder… mais le travail de secrétaire-larbin-garçon-infirmière, je dis non quand je peux, et je ne le fais sûrement pas avec plaisir. En plus, avec l’expérience, j’ai appris à ne pas me laisser marcher sur les pieds, et je me suis déjà pris la tête avec quelques personnes (ouais ouais je suis pas un mec sympa :) ). Je sais qu’on est en sous-effectif toussa toussa… mais je ne suis pas là pour combler le budget de l’hôpital. Je n’ai pas encore compris ce qu’il y a de formateur à trier les bios, à emmener les patients en radio. Je suis en d3, et parfois j’ai l’impression de perdre du temps à l’hôpital alors que je pourrais bouffer de l’item chez moi.

Ouais c’est débile et dégueulasse, mais c’est le principe des ECN. Et comme c’est ce truc qui va décider de ma vie, je m’y plie. Si les externes sont aussi peu motivés par les stages c’est à cause des ECN. On en arrive à un point où les premiers stages qui partent ce sont des stages où tu ne vas pas (radio, chir). Alors qu’au passage je serai heureux d’aller en stage de chir. Le pire, c’est que je prends mes stages en fonction des ECN. Si j’ai pris endoc au prochain stage c’est pour être au taquet sur le diabète aux ECN. Et sûrement par amour de l’endoc !

Attention je ne fais pas cet article pour me plaindre, bosser tout le temps ça me plaît, dans certaines limites. Mais je ne conçois pas qu’on me traite de glandeur.

Mais tu vas me recoudre ?

Un mini article parce que je suis pas très en forme parce que je cuve.

Mlle M, 20 ans, consulte aux urgences chir. Elle s’est coupé le doigt en faisant la vaisselle. Et ça lui fait très peur. Je l’accueille dans la salle d’admission, elle me raconte vite fait son histoire : elle s’est coupée avec un verre cassé pendant la vaisselle. Je sens qu’elle va pas très bien et je lui propose de s’assoir en attendant que je lui trouve un box. « Je veux bien, je suis au bord de l’évanouissement ». Bah oui cocotte, j’avais bien vu que tu étais un peu pâle et hypra paniquée.

Je l’installe dans un box, nettoie la plaie, désinfecte, parle avec la patiente, tout ça. Elle a une plaie rectiligne nette, pas très profonde, pas de complications neuro/vascu, vaccins à jour. (C’est bien ce blog ça me fait réviser). Je lui dit qu’il va falloir sûrement mettre des points pour rapprocher les deux berges et pour arrêter le saignement.

« Mais tu vas me recoudre ? » (petit apparté : je demande aux patients de mon âge en général si je peux les tutoyer. Mais bien sur, ça dépend de la situation du terrain et de la « compliance » du patient… Je leur dis qu’il peuvent aussi me tutoyer, je ne suis qu’étudiant).

Ouais ouais je vais suturer, mais il faut pas avoir peur. Déjà je lui explique un peu tout comment ça va se passer. Le médecin va jeter un coup d’oeil. Ensuite je m’habille en stérile. Ca peut être impressionnant, je mets un masque, je sors le matériel de manière plus ou moins rituelle pour rester stérile. Je vais ensuite endormir la plaie pour pas que l’aiguille qui va servir à suturer fasse mal. C’est le moment le plus désagréable, mais elle est pas obligée de regarder. Et comme je suis trop sympa, je préviens au moment de la piqûre. Ensuite, je fais les points, je mets un pansement, et fini !

Ca a été très difficile de la rassurer. Au début, elle tremblait, elle paniquait. Quand j’ai instauré le contact, avec le tutoiement en fait, ça l’a un peu calmée, surtout quand je lui ai bien expliqué les choses. Je lui ai dit qu’elle était pas obligée de regarder ce que je faisais et qu’on allait parler d’autre chose. Je lui ai dit aussi que j’avais déjà fait ça mille fois (ouais, j’me la pète) et qu’elle n’est pas la seule à qui ça arrive, et qu’elle n’est pas la seule non plus à paniquer comme ça. (j’ai déjà vu un grand gars de 20a se mettre à chialer quand je lui ai annoncé la suture. Ca surprend).

Ensuite elle me dit que ça lui faisait peur d’entendre le bruit du porte aiguille, des ciseaux tout ça. Tiens, on me l’avait jamais faite celle-là. J’ai répondu du tac au tac que ça pouvait s’arranger. Je suis allé cherché mes écouteurs au vestiaire (en plus ce sont des écouteurs de compèt, genre le casque du mec qui tient un marteau piqueur), je lui ai prêté mon iphone, avec une musique de ce style : http://wp.me/s1t0iH-38

Elle était un peu surprise, mais très rassurée. On a parlé de ces études de psycho, que sa licence était difficile et que la fac de LSH c’était un peu le foutoir. Je l’ai aspergée voire inondée de xylocaïne, j’avais tellement peur de lui faire mal. Au moment de la suture en elle-même, musique, j’ai essayé de faire vite.

La fin s’est super bien passée. « ah c’est déjà fini ? »et elle s’est confondue en excuses d’avoir été aussi paniquée. Je pense que c’est légitime.

Enfin bref, tout ça pour dire que je n’aimais pas tellement les psys, ou même les personnalités psys. Je crois qu’il faut arriver, dans la mesure du possible bien sur, à canaliser ces personnes. Bon il y a des psychiatres pour ça, et je leur laisse le boulot avec le plus graaaaand plaisir, mais finalement, je commence à croire un peu à la psy. Pour mlle M, le principal traitement, oserais-je dire, ça n’a pas été la suture, mais la rassurer, tout faire pour qu’elle se sente bien. Ce ne sont pas des trucs qu’on apprend dans les bouquins, et puis c’est pas possible d’apprendre ça dans un bouquin.

J’ai beau avoir tendance à ne pas m’éterniser en stage, à préparer mes affaires à 17h45, à arriver en retard dès le deuxième jour… Mais le stage reste le meilleur moyen d’apprendre. Bien sûr il y a les ECN. Mais ce que je retiens le mieux, c’est des petits trucs vu sur le terrain, des conneries que j’ai pu faire. On apprend aussi à se conduire, être patient et aimable avec la famille, se blinder au niveau attachement, prendre des initiatives, ne pas se laisser marcher sur les pieds par les infirmières ou même les internes-qu’on-se-demande-s’ils-ont-été-externes-un-jour, et être aigri.