Je n’en peux plus.

Je ne sais pas comment je faisais en P1 (ancienne PACES) pour bosser mes 10 heures par jour. J’arrive à peine à 8-9 heures par jour en étant exténué, et en dormant autant d’heures.

Je n’arrive plus à bosser comme avant : c’est un fait. Mais il faut dire que je ne suis pas aidé.

Par exemple, du petit appartement situé à 2 mètres de la fac, excentré, en colocation avec une autre P1, sans internet, sans télévision, sans même vrai lit, simplement une radio ou un narguilé pour la détente… Je suis passé à un appartement en plein centre-ville, balcon et vue imprenable, 3e étage, seul, un PC, un iphone, une télévision, et des tas de copains qui ne sont pas en révisions, eux, et qui habitent à côté.

J’ai commencé la gériatrie il y a maintenant 1 mois, et les notes aux dossiers ne s’améliorent pas (entre 45 et 55/100). Mes notes en gynéco sont un peu meilleures en fonction des dossiers. Mais alors le module 1. Le module 1. Un module contenant, pêle-mêle, la responsabilité médicale, l’examen d’un cadavre, le dossier médical, le secret médical, les certificats…

On nous demande, dans les annales, de commenter des cas de jurisprudence. Je sais à peine ce qu’est une jurisprudence, alors la commenter, allons bon ! Si on nous expliquait seulement comment faire ! Mais non. Devine.

Le pire, c’est l’impression de passer à côté de mon stage : je n’y vais plus, pour réviser. Pourtant, la gynéco, ça m’intéresse, c’est ça que je voudrais faire quand je serai grand. On est libres, de ne pas venir, de suivre qui on veut, et même de prendre des gardes. J’ai des internes sympas prêtes à t’expliquer si tu poses des questions, les chefs que j’ai vu sont gentils et accessibles, mes co-externes sont très compliants…

Et non, je reste chez moi pour faire de la gynéco en dossiers cliniques, et me taper un 49/100 à la grossesse môlaire. C’est triste.

Dès que je passe plus d’un quart d’heure hors de mon bureau, je culpabilise. Je culpabilise d’écrire cet article, je culpabilise de sortir boire une bière avec des potes (alors je n’y vais pas), je culpabilise de cuisiner, d’aller faire mes courses. Temps perdu = jamais rattrapé.

Le plus dur n’est pas passé. Je passe mes exams lundi, mardi et mercredi. Je n’aurais pas vraiment pas envie d’aller en stage à tous les coups, surtout que la BU rouvre. Aller en stage ? Combler les lacunes à la BU ? Les deux ?

J’en ai marre. Et je ne suis pas encore en D4.

Des cornichons tout ça.

Mme B. est une patiente qui vient pour chute dans un contexte septique (MH de oufdingue!).

Elle est complètement démente (MMS à 9, c’est moi qui lui ai fait), et je m’attends pas à avoir vraiment un contact plus que ça.

Bon, j’essaie de lui parler quand même, savoir comment elle va… elle répond toujours à côté. Elle me dit même que les filles les plus gentilles ici, ce sont elles. En me montrant Hélène et les garçons à la télé (J’ai bien ri, j’ai pas pu m’en empêcher)…

Elle dit presque toujours les deux même phrases : « oui oui, les cornichons, tout ça tout ça… » et « ha on est bien à la castagnère hein! ». Je sais pas si vous imaginez le mms de ouf, et une patience comme je n’en ai jamais eue pour arriver à la fin du mms…

Le jour où on m’a demandé de lui faire un ECG, je me suis demandé comment faire pour lui expliquer (j’ai une facheuse tendance à vouloir expliquer tout ce que je fais au patient, j’ai vraiment l’impression d’être en pédia quand je fais un ecg… Pince jaune avec… Le fil jaune… Pince… Rouge!! Fil rouge!! Etc… Et maintenant on compte jusqu’à 6 pour les petites électrodes qui vont regarder le coeur… 1-2-3-4-5-et-6 ! Bon je m’adapte au patient aussi hein, je fais pas ça pour un grand gaillard de 25a.)

Bref, pour mme B, bah je lui ai parlé cornichons et castagnere pour lui poser les électrodes et brancher les fils. C’est passé tout seul. « vous mangez beaucoup de cornichons? » « et vous en avez mangé à l’hopital? » « qu’est-ce que vous pensez de la castagnere? » « allez on parle plus pendant 30 secondes! »

Finallement j’aimais bien aller la voir. On parlait toujours de la même chose hein. Mais elle n’y peut rien du score de son mms. Je sentais qu’elle m’appréciait. Le jour de la grosse visite, chef, interne rentrent dans la chambre et au moment où je rentre elle crie et applaudit (j’ai peut être mal interprété aussi…).

Pendant que les chefs parlent entre eux (ils parlent très peu au patient en géria, voire même parlent par dessus eux, ça m’a presque choqué au début, mais on s’habitue), elle me lance « t’as une voiture? » euh non. « et tu viens avec moi ? » (on lui avait parlé de sa sortie en SSR et elle avait compris, pas si folle mme B!). Ah non je reste ici. « oh… Mais comment je vais faire moi? ». Ça m’a fait sourire. Je n’ai pas eu le temps de reparler avec elle (et puis, pour lui dire quoi de toutes façons).

Elle n’est pas restée longtemps, mais je me rappellerai toujours d’elle, de la modifications des sentiments et de leur expression chez une démente sévère. Je me souviendrais aussi toujours de la manie qu’elle avait à mettre son bracelet par dessus la chemise de nuit avec la manche retroussée… Et le marchandage tous les matins pour lui défaire « juste quelques secondes pour prendre la tension ! »

Tension mms et ECG … Pas de doute vous êtes sur le blog d’un externe !!

NB: hier j’ai retrouvé ma carte d’étudiant dans mon four. Faut que j’arrete de boire, ça me donne de fausses bonnes idées.

Ouiiiouiouioui

Mme H, environ 80 ans, rentrée en gériatrie pour AIC sylvien total gauche.

Elle était très peu réveillable à l’arrivée, hémiplégie droite sup et inf, aphasie de broca et de wernicke. Elle ne parle pas, ne réagit pas. Le matin pour lui prendre la tension, je n’ose même pas la réveiller, j’utilise le dynamap qui met 10 minutes à cause de ses tensions au plafond. (utile pour aller sur facebook en attendant). On la traite symptômatiquement, loxen, humalog, etc… on monte le kardégic à 300. Mme H attend son SSR, la visite se résume à bonjour-aurevoir et à des tests de déglutition.

Au fur et à mesure de mon stage, elle ouvre les yeux. Elle dit quelques trucs incompréhensibles et « ouiiouiouioui » quand elle est d’accord. Elle réagit. Quand je vais la voir le matin, j’essaie de lui parler, j’explique tout ce que je fais (un peu étrange pour moi qui ne suit pas très relationnel). Parfois, elle se met à rire quand j’arrive, elle est très réveillée. Ca fait plaisir d’aller la voir pendant la visite, on ne fait « rien » de transcendant pour elle, mais elle est heureuse, elle nous sourit à l’interne et moi, nous on piste les pneumopathies d’inhalation, et on traite sa PNA sur sonde. Elle est meme au fauteuil en journée parfois.

Puis tout s’enchaîne. On fait passer l’équipe de soins pall, toute la famille du sud commence à arriver pour la voir (lui dire adieu ?). Mme H commence à comprendre. Elle s’agite, elle geint. On l’entend pleurer dans les couloirs. Elle peut pas nous dire si elle a mal, si elle est anxieuse, si elle comprend que c’est la fin. On augmente les antalgiques et on introduit des anxiolytiques.

Un lit l’attend en SP le lundi de mes vacances. Je ne sais pas ce qu’elle est devenue, si elle est encore en vie ou pas. Malgré mon caractère de mec froid et méchant, ça reste ma patiente préférée de ce stage en géria.

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